Marine Le Pen évoque le Kevlar pour Mediapart, Macron dénonce la violence verbale du RN
Le 29 septembre 2026, Marine Le Pen a conseillé à Mediapart d’enfiler un « costard en Kevlar » après la publication d’une enquête visant Jordan Bardella. La formule a suscité des accusations de menace contre la presse. Pour comprendre cette séquence de campagne, il faut distinguer trois questions : ce que révèle l’enquête, ce que répond le RN et ce que l’on peut établir sur les propos de ses dirigeants. ()
Une enquête contestée, puis une riposte contre le journal
Le 28 septembre, Mediapart a publié une enquête fondée, selon sa présentation, sur des conversations privées et des témoignages. Le journal attribue à Jordan Bardella des écrits antisémites remontant au début de son engagement politique. Le président du Rassemblement national conteste ces informations et parle de « faux grossiers ». À ce stade, l’attribution des écrits est donc une affirmation de Mediapart, réfutée par l’intéressé : elle ne doit pas être présentée comme un fait définitivement tranché. ()
Le lendemain, Jordan Bardella a évoqué les « prémices d’une guerre totale » contre son parti. Marine Le Pen a ensuite déclaré qu’il faudrait dire à Mediapart « d’enfiler son costard en Kevlar », ajoutant qu’« il y aura évidemment une réponse » à la manière dont le journal se comporte. Le Kevlar entre notamment dans la fabrication de protections pare-balles. Le choix de cette image, adressée à des journalistes dans une confrontation politique, explique que Mediapart y ait vu des propos menaçants. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir qu’une violence physique était annoncée. ()
Une députée écologiste, Léa Balage El Mariky, a indiqué saisir le procureur au sujet de propos qui, selon elle, « ressemblent à des menaces de mort ». C’est une qualification avancée par une élue, non une qualification judiciaire acquise. De son côté, Jordan Bardella a annoncé une plainte en diffamation contre Mediapart. Contester une publication devant un tribunal relève du débat juridique ; suggérer à une rédaction de se protéger derrière du Kevlar relève d’un tout autre registre. ()
La comparaison avec Macron : une phrase, deux faits distincts
Le 30 septembre, Emmanuel Macron a réagi depuis Madrid. Interrogé sur les écrits attribués à Jordan Bardella, il les a jugés « gravissimes et inacceptables », demandé aux responsables politiques de clarifier leur position et dénoncé une violence langagière susceptible, selon lui, de conduire à une escalade. Il a également défendu la possibilité, pour les journalistes, de travailler sans subir de propos violents. Il s’agit de la prise de position du chef de l’État, pas d’une conclusion sur l’authenticité des écrits contestés. ()
Jordan Bardella lui a répondu en invoquant sa participation à la marche parisienne contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, à laquelle Emmanuel Macron n’avait pas pris part, ainsi que son propre déplacement en Israël. La première comparaison porte bien sur une absence à une manifestation. Elle ne saurait toutefois signifier que Macron ne s’est pas rendu en Israël : l’Élysée documente sa visite du 24 octobre 2023, antérieure au déplacement de Bardella en mars 2025. Une marche et une visite officielle sont deux actes différents ; confondre les deux obscurcit plutôt qu’il n’éclaire le désaccord. ()
Ce que cette séquence dit — et ne dit pas — de la campagne
La riposte du RN déplace une partie de la discussion : au lieu de répondre uniquement sur l’origine et l’authenticité des messages publiés, ses dirigeants mettent aussi en cause le travail et les intentions du média qui les a révélés. C’est une lecture de leurs déclarations, pas une preuve de leur stratégie interne. Elle n’efface ni le droit de Bardella à contester l’enquête, ni la nécessité de vérifier celle-ci sur ses pièces et ses témoignages. ()
Le cadre démocratique n’impose pas de croire un journal sur parole. Il protège à la fois la libre publication et la possibilité d’en contester les abus : l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen garantit la libre communication des opinions tout en prévoyant une responsabilité dans les cas fixés par la loi. C’est précisément pourquoi une plainte en diffamation et une formule évoquant un équipement pare-balles ne se discutent pas sur le même plan. ()
Ce qui est établi : une enquête a été publiée le 28 septembre, Bardella en rejette les conclusions, Marine Le Pen a employé la formule du « costard en Kevlar » le 29 septembre et Macron l’a condamnée politiquement le 30. Ce qui reste à établir : l’authenticité des écrits contestés et les suites des démarches judiciaires annoncées. Rien, dans cette séquence, ne permet non plus de mer son effet sur le vote de 2027. La campagne peut produire des formules frappantes ; elle ne dispense pas de vérifier les faits qu’elles tendent à recouvrir. ()
Source principale : Politique française : info, vidéos, reportages et analyses – France 24 (www.france24.com)
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Auteur : FRANCE 24
Sources complémentaires
- Mediapart, enquête du 28 septembre 2026 : https://www.mediapart.fr/journal/politique/280926/les-banques-sont-toutes-detenues-par-des-juifs-jordan-bardella-face-ses-ecrits-antisemites
- Élysée, conférence de presse du 30 septembre 2026 : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/09/30/visite-detat-en-espagne
- Élysée, déplacement en Israël du 24 octobre 2023 : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2023/10/24/deplacement-du-president-de-la-republique-en-israel
- Légifrance, article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006527437
