Luttes syndicales : Ces trois grèves historiques qui ont changé le visage du (…)

Luttes syndicales : Ces trois grèves historiques qui ont changé le visage du Sénégal

L’histoire du mouvement syndical sénégalais est marquée par des luttes emblématiques qui ont profondément influencé la conscience des travailleurs et redéfini les relations entre l’État, le capital et la main-d’œuvre. Trois épisodes majeurs — la grève des cheminots de 1947-1948, les événements de mai 1968 et la grève de la Sutelec en 1998 — illustrent cette trajectoire de résistance et de répression.

La grève des cheminots (1947-1948) : l’éveil anticolonial

En octobre 1947, environ 20 000 cheminots de la ligne Dakar-Niger, sous la direction d’Ibrahima Sarr, déclenchent une grève historique contre les inégalités salariales entre Européens et Africains. Pendant 160 jours, malgré la faim et les menaces, les travailleurs maintiennent leur mouvement, soutenus par leurs épouses qui organisent une solidarité active. Leur victoire est significative : ils obtiennent un statut unique sans distinction raciale et une augmentation de 20 % de leurs salaires. Ce mouvement devient un symbole puissant de la lutte anticoloniale, immortalisé par Ousmane Sembène dans son œuvre « Les bouts de bois de Dieu ».

Mai 1968 et la reprise en main par l’État

Le mouvement de mai 1968 au Sénégal débute suite à une réduction des bourses étudiantes en 1967. La contestation s’étend rapidement aux syndicats ouvriers, entraînant une grève générale illimitée qui met à mal le régime de Léopold Sédar Senghor. Pour restaurer l’ordre, l’État dissout l’Union nationale des travailleurs du Sénégal (Unts), jugée trop indépendante. En 1969, le gouvernement crée la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), sous l’influence du parti au pouvoir, marquant le début d’une période de syndicalisme encadré où l’autonomie ouvrière est limitée jusqu’au renouveau syndical des années 1980.

La Sutelec et l’arrestation de Mademba Sock (1998) : face au néolibéralisme

En juillet 1998, dans un contexte de privatisation de la Senelec, imposée par des bailleurs de fonds internationaux, le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec), dirigé par Mademba Sock, lance une grève de zèle. Le pays est plongé dans l’obscurité, les interventions techniques étant volontairement ralenties. Le 20 juillet, Sock et 26 autres syndicalistes sont arrêtés et condamnés à six mois de prison pour « sabotage ». Cet événement choque l’opinion publique et devient le symbole de la résistance aux politiques néolibérales. Cette lutte est immortalisée par Youssou Ndour dans sa chanson « Bouleen coupé », faisant de Mademba Sock une figure syndicale majeure de l’ère moderne.

Ces trois combats, répartis sur plus de cinquante ans, révèlent l’évolution du syndicalisme sénégalais en une force de contestation sociale et politique incontournable. De la lutte contre l’exploitation coloniale à la résistance aux ajustements structurels, ces épisodes ont forgé une mémoire collective qui continue d’inspirer les mobilisations contemporaines pour la dignité et la justice sociale.

Source : Sokhna Faty Isseu Samb, article publié le 01 Mai 2026.

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