L’Italie, un laboratoire politique européen, par Stefano Palombarini (Le Monde diplomatique, avril 2021)

L’Italie, un laboratoire politique européen

L’Italie, sous la direction de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, a vu une coalition nationale se former, rassemblant des partis allant de la gauche à l’extrême droite. Ce mouvement est perçu comme une tentative de transcender le clivage traditionnel entre la droite et la gauche, en maintenant une orthodoxie budgétaire conforme aux directives de Bruxelles.

En février 2021, Mario Draghi a été nommé à la tête d’un gouvernement soutenu par le Mouvement 5 étoiles (M5S) et la Ligue, deux partis qui, en 2018, avaient remporté les élections en promettant de rompre avec les politiques d’austérité. Ce retournement politique a été largement accepté, tant par les médias que par les chancelleries européennes, sans susciter d’indignation face à la présence de ministres d’extrême droite dans le gouvernement.

Le parcours politique italien des dernières années peut être divisé en trois actes. Le premier acte débute en août 2011, lorsque Draghi, fraîchement nommé à la BCE, adresse à Silvio Berlusconi une lettre stipulant des mesures d’austérité nécessaires pour obtenir l’aide de l’institution. Ces mesures incluent des coupes dans les dépenses publiques et des libéralisations dans divers secteurs.

Le deuxième acte est marqué par l’effondrement du bloc bourgeois, qui ne parvient pas à s’élargir aux classes populaires. En 2018, la Ligue et le M5S émergent comme les principales forces politiques, tandis que les anciens partis de gouvernement perdent une part significative de leurs voix.

Le troisième acte, en février 2021, voit Draghi, malgré l’absence de changements dans l’équilibre parlementaire, être accueilli comme un homme providentiel. Il annonce des réformes néolibérales, avec un accent particulier sur l’utilisation sélective des fonds européens dans le cadre du plan de relance « Next Generation EU ».

Concernant l’aide européenne, il est estimé qu’elle atteindra environ 66 milliards d’euros sur six ans, soit environ 11 milliards par an, représentant moins de 0,7 % du PIB, qui a chuté de près de 9 % en 2020. Cette aide, jugée modeste par rapport à l’ampleur de la récession, sera principalement destinée aux entreprises, laissant les ménages en difficulté avec des perspectives de politiques actives pour l’emploi.

La situation actuelle en Italie soulève des questions sur l’avenir politique du pays et la capacité des classes populaires à se mobiliser contre les réformes néolibérales. Les conséquences de ces choix politiques sur la protection sociale et les inégalités restent à observer.

Source : Stefano Palombarini, Le Monde Diplomatique, avril 2021.

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