L’inaction politique face aux risques cancérigènes selon la toxicologue Laurence Huc
Le pire cancérigène qui soit est l’inaction politique
À Sainte-Pazanne, la recrudescence des cancers pédiatriques a conduit à deux enquêtes sanitaires, sans qu’aucune cause commune ne soit identifiée. Depuis 2017, la toxicologue et sociologue des sciences Laurence Huc collabore avec les familles pour comprendre les facteurs d’exposition et les effets des pesticides. Cette démarche, à la fois scientifique et humaine, est désormais relatée dans une bande dessinée.
Entre 2015 et 2019, la multiplication des cancers pédiatriques à Sainte-Pazanne et dans les communes environnantes a suscité l’inquiétude des habitants, entraînant des enquêtes menées par les autorités sanitaires. La première enquête, réalisée en 2017, a confirmé un excès de cas de leucémies chez les enfants de moins de 15 ans sur deux ans. Cependant, l’analyse des facteurs de risques environnementaux n’a pas permis d’identifier de cause prédominante. En 2019, une seconde enquête a été effectuée suite à de nouveaux signalements, mais ses conclusions ont été similaires. En 2020, un rapport de Santé publique France a conclu qu’il n’y avait « pas assez de cas pour établir une significativité statistique », rendant impossible la qualification d’un cluster.
Malgré ces résultats, les parents se sont mobilisés, dénonçant l’absence d’une véritable investigation et de prélèvements. Le collectif « Stop aux cancers de nos enfants », fondé par ces familles, privilégie la piste des pollutions environnementales.
Laurence Huc, toxicologue à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET) à Rennes, étudie les substances cancérogènes depuis vingt-cinq ans. En 2017, elle a été sollicitée par des parents d’enfants malades de Sainte-Pazanne et a décidé de s’engager plus activement. Sa démarche lui a valu des critiques, certains l’accusant de militantisme. Au fil de ses recherches, elle a pris conscience des enjeux politiques et économiques liés aux pesticides, ainsi que du désarroi des familles face à leurs interrogations.
Huc souligne que « du laboratoire, on ne voit pas ce qui se passe sur le terrain », et a donc choisi de mener des enquêtes sur le terrain, rencontrant les familles touchées par la maladie. Elle recueille des témoignages et analyse l’environnement, y compris les anciennes décharges, les points de captage d’eau et les écoles. Elle s’interroge sur les facteurs d’exposition des familles, cherchant à établir des liens entre les cas de cancer.
Les enquêtes précédentes n’ayant pas identifié de cause commune, Huc critique les méthodologies employées, les qualifiant d’inadaptées. Pour elle, les cancers sont multifactoriels, résultant de la combinaison de divers facteurs de risque cancérogène.
Huc a choisi de présenter ses recherches dans une bande dessinée, visant à toucher un public plus large. Elle souhaite raconter des récits humains, au-delà des chiffres et des données scientifiques. Elle exprime également sa révolte contre l’inaction politique, qu’elle qualifie de « pire cancérigène qui soit ».
Aujourd’hui, environ une trentaine de cas de cancers pédiatriques sont déclarés autour de Sainte-Pazanne, un chiffre non officiel qui pourrait être minoré, car les données du registre des cancers pédiatriques ne sont plus publiées. Le collectif « Stop aux cancers de nos enfants » réclame un recensement systématique des cancers pédiatriques en France pour évaluer rapidement des situations de cluster et protéger les enfants.
Source : Laurence Huc et Marguerite Boutrolle, « Les Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants », Éditions Les Printanères.
