
Rapatriement des dépouilles amérindiennes : le Sénat français avance vers la restitution
Le 18 mai, le Sénat français a voté en faveur du rapatriement vers la Guyane des dépouilles de six Amérindiens, conservées au Muséum national d’histoire naturelle à Paris depuis plus de 130 ans. Cette décision marque une étape significative dans la lutte pour la restitution des victimes des « zoos humains », ces exhibitions inhumaines qui ont eu lieu durant l’époque coloniale.
Soutenue par le gouvernement, cette initiative a été adoptée à l’unanimité à travers une proposition de loi transpartisane portée par les sénateurs Catherine Morin-Desailly (centriste), Max Brisson (Les Républicains) et Pierre Ouzoulias (Parti communiste).
Un cadre dérogatoire requis
La restitution vise à offrir des funérailles dignes et une sépulture sur le sol guyanais aux Amérindiens des peuples Kali’nas et Arawaks. En plus des six dépouilles, huit moulages de parties du corps des défunts seront également rapatriés. Corinne Toka-Devilliers, fondatrice de l’association Moliko Alet+Po et descendante directe de Moliko, une jeune fille exhibée à l’âge de 12 ans en 1892, est à l’origine de cette initiative de reconnaissance et de réparation.
L’histoire de ces autochtones est tragique. Recrutés sous de fausses promesses en Amérique du Sud, ils ont été exhibés vivants au Jardin d’Acclimatation à Paris en 1892, ne survivant pas à l’hiver en raison des conditions de vie déplorables. Au total, 33 Amérindiens kali’nas et arawaks avaient été amenés d’une expédition depuis Paramaribo, capitale de la Guyane hollandaise, aujourd’hui Suriname.
Leurs dépouilles, exhumées à des fins anthropologiques à la fin du XIXe siècle, n’ont jamais quitté les collections publiques.
Un travail de mémoire
En septembre 2024, des membres de la communauté kali’nas se sont rendus au Muséum national d’histoire naturelle pour rendre hommage aux six Amérindiens, dansant et chantant en tenue traditionnelle. Cette démarche a été un appel à la reconnaissance des injustices subies.
Catherine Morin-Desailly a souligné l’importance de redonner une identité à ces personnes, qui ont été privées de leur dignité pendant plus d’un siècle. Le vote au Sénat a permis de réhumaniser ces victimes oubliées.
Le texte de loi doit désormais être approuvé par l’Assemblée nationale, dernière étape avant la mise en œuvre des restitutions. Le calendrier d’examen reste à définir.
Source : France 24




