
Le pouvoir monétaire des États est-il en train de disparaître ?
En économie, la souveraineté monétaire est définie comme la capacité d’un État à émettre sa propre monnaie, à fixer son cours en contrôlant les quantités en circulation via une Banque Centrale et à l’imposer comme seul moyen de paiement pour les impôts et les dettes. Cette définition est également celle du pouvoir politique au sens large : qui contrôle la monnaie contrôle les conditions d’échange, d’épargne et de résilience face aux crises.
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Cependant, ce monopole de l’État sur l’émission monétaire a été remis en question à plusieurs reprises ces dernières années. La création du Bitcoin en 2009, suivie par le lancement de Tether en 2014, puis l’annonce de Libra par Facebook en 2019, ont forcé les banques centrales à reconsidérer leur position. Le projet de Libra, bien que stoppé par les régulateurs, a soulevé des questions sur la possibilité pour des plateformes privées d’assumer des fonctions monétaires traditionnelles.
En juillet 2025, le GENIUS Act, signé par Donald Trump, a légitimé l’émission de stablecoins par des acteurs privés américains, sans créer de dollar numérique souverain. Cela soulève des interrogations sur la structure du système monétaire international, particulièrement lorsque la première puissance mondiale redéfinit les règles unilatéralement.
Le stablecoin, parasite des monnaies souveraines ?
Le GENIUS Act, en institutionnalisant le stablecoin, semble paradoxal : pour préserver sa souveraineté, l’État américain a accepté de céder une partie de son pouvoir au secteur privé. Ces stablecoins, indexés sur le dollar, visent à offrir une certaine stabilité aux utilisateurs, tout en siphonnant des flux de transactions qui auraient autrement transité par le système bancaire traditionnel.
Cette situation est préoccupante pour les États dont la monnaie n’est pas le dollar, car leurs citoyens se tournent vers des instruments libellés en devises étrangères, garantis par des institutions publiques étrangères. Leur banque centrale perd ainsi de la masse monétaire sans avoir les outils pour le mesurer ou la légitimité politique pour l’interdire.
Les stablecoins peuvent être qualifiés de parasites, car ils exploitent la crédibilité du système dollar tout en se propageant à l’ensemble des économies qui en dépendent.
La riposte du monde face à Washington
Face à cette privatisation croissante de la monnaie, 130 pays représentant 98 % du PIB mondial se sont engagés dans la course aux monnaies numériques de banque centrale (MNBC). L’objectif est de rétablir la puissance publique dans le système de paiement numérique, en offrant un équivalent dématérialisé du billet souverain.
La Chine a été précurseur avec le lancement du yuan numérique en phase pilote en 2020. L’Europe, quant à elle, a tardé, la Banque Centrale Européenne n’ayant lancé la préparation de l’euro numérique qu’en novembre 2023, pour un déploiement envisagé au plus tôt en 2028.
Conclusion
Est-il donc juste d’affirmer que le pouvoir monétaire des États est en déclin ? En termes stricts, non. Aucun État n’a formellement abandonné sa souveraineté monétaire, et leurs banques centrales conservent l’ensemble de leurs prérogatives. Cependant, il est illusoire de penser que la souveraineté monétaire est un attribut binaire. Elle se mesure par la part des transactions réelles sur lesquelles une banque centrale a encore prise, et cette part tend à diminuer.
La situation actuelle souligne la nécessité de distinguer entre le pouvoir monétaire et la souveraineté monétaire, deux concepts indissociables mais aujourd’hui en tension.
Source : Presse-citron





