
Qu’ont en commun un catalogue d’étoiles, un traité sur Platon et un autre de Ptolémée sur un instrument astronomique ? Tous ces manuscrits antiques, que l’on croyait perdus, ont été retrouvés au moyen de technologies d’avant-garde par un chercheur du CNRS, Victor Gysembergh. Portrait.
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Victor Gysembergh, philologue au CNRS, se spécialise dans la recherche de textes anciens dissimulés dans des palimpsestes, ces manuscrits dont les écrits originaux ont été effacés puis recouverts. Son travail vise à retracer l’histoire de la circulation des idées à travers les âges.
À la recherche des textes perdus
Ces dernières années, Gysembergh a découvert plusieurs textes majeurs, dont le catalogue d’étoiles de l’astronome Hipparque de Nicée, le plus ancien exemplaire d’un traité sur l’œuvre de Platon et un traité de Ptolémée sur un instrument astronomique complexe, le « météoroscope ». La dernière découverte en date est une page jusqu’alors présumée perdue du palimpseste d’Archimède.
Pour réaliser ces découvertes, il utilise notamment l’imagerie multispectrale, qui permet de révéler des écrits originaux enfouis sous des textes ultérieurs. Ses recherches l’amènent à explorer des bibliothèques et des monastères à travers le monde.
Âgé de 38 ans, Gysembergh a un parcours académique remarquable, avec des diplômes en lettres classiques, en assyriologie et en sciences de l’antiquité. Il a récemment obtenu son doctorat à l’université de Reims, se concentrant sur Eudoxe de Cnide, un astronome du IVe siècle.
Un parcours semé d’embûches
Après son doctorat, il a tenté à plusieurs reprises d’intégrer le CNRS, où il a finalement été recruté. Peu après, il a été informé d’un palimpseste de Ptolémée conservé à Milan, dont 12 pages restaient indéchiffrables. Il a alors décidé d’utiliser la technique de l’imagerie multispectrale pour tenter de déchiffrer ces écrits.
Des découvertes marquantes
En janvier 2020, il a lancé un projet d’imagerie multispectrale en collaboration avec des experts, avant que la pandémie de Covid-19 ne perturbe ses recherches. Toutefois, il a continué à travailler sur le traité de Ptolémée, révélant des écrits importants. En 2022, il a également découvert un document unique au monde, l’introduction à la pratique de la philosophie de Platon, dans un palimpseste d’une bibliothèque de Vérone.
Un catalogue d’étoiles
La même année, il a identifié le catalogue d’étoiles d’Hipparque dans le Codex Climaci Rescriptus, un palimpseste conservé au monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Ce catalogue, composé au IIe siècle av. J.-C., est le plus ancien connu et a été souvent cité par Ptolémée.
Gysembergh a également utilisé des rayons X pour analyser des feuillets du Codex Climaci Rescriptus, révélant de nouvelles coordonnées d’étoiles et des textes mythologiques sur les astres.
Vers de nouvelles explorations
En 2026, il a annoncé la découverte d’un feuillet du palimpseste d’Archimède, considéré comme perdu depuis le début du XXe siècle. En dix ans de carrière, il a déjà révélé une centaine d’écrits enfouis, dont plusieurs œuvres majeures de la pensée grecque.
Gysembergh continue de travailler sur des projets d’étude des palimpsestes, notamment en Italie du Nord, entre les Ve et Xe siècles, visant à découvrir encore de nombreux textes perdus.
Pour un moment encore, Victor Gysembergh devrait donc continuer d’arpenter de fascinants lieux de savoirs, d’y débusquer des trésors d’encres, et d’inspirer les chercheurs et les passionnés d’histoire.
Source : CNRS Le journal



