
Le Baba Merzoug, canon de la discorde
L’historien Jérôme Cucarull explore la notion de patrimoine en Bretagne dans le numéro 271 d’ArMen, en se concentrant sur un canon algérien exposé à Brest, symbole d’un passé colonial français.
Ce canon, connu sous le nom de Baba Merzoug, a été saisi lors de la chute d’Alger en juillet 1830 et expédié à Brest comme trophée de guerre. Cette question de restitution a été soulevée par l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la réconciliation des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie, ravivant un ancien débat entre la France et l’Algérie. Plus de 100 articles de presse ont été publiés sur ce sujet au cours des 20 dernières années, impliquant quatre présidents de la République française.
Le canon en bronze, pesant 12 tonnes et capable de tirer des boulets jusqu’à 4 500 mètres, portait la signature du sultan ottoman Selim Ier. Bien qu’inactif, il est d’un intérêt historique en raison de son implication dans l’exécution du consul français Jean Le Vacher en 1683, ce qui lui vaut le surnom de “la Consulaire” par les Français, tandis que les Algériens l’appellent Baba Merzoug, signifiant “père chanceux”.
Initialement destiné aux Invalides à Paris, le canon a finalement été attribué à Brest en reconnaissance de l’importance de ce port dans la campagne d’Alger. Installé dans un cadre majestueux, il est devenu un monument célébrant la colonisation, entouré de plaques commémoratives et de bas-reliefs.
Des revendications politiques pour son retour à Alger ont émergé à plusieurs reprises. En juin 1912, un projet de restitution a été proposé mais n’a pas été réalisé en raison de la Première Guerre mondiale. Au début des années 2000, des intellectuels algériens ont relancé la demande. En 2005, la ministre de la Défense de l’époque a affirmé que le canon faisait partie intégrante du patrimoine historique français. En 2013, l’Algérie a formulé une demande officielle de restitution.
À Brest, le débat se poursuit parmi les historiens, mais l’écho reste limité. Certains voient le canon comme une pièce patrimoniale importante, tandis que d’autres, comme Jean-Yves Guengant, soulignent qu’il symbolise la spoliation lors de la prise d’Alger. Des propositions de mise en valeur du canon ont été avancées, y compris son déplacement et l’ajout de panneaux explicatifs.
Ce canon pourrait devenir un symbole de réconciliation entre Paris et Alger, favorisant une histoire commune pour apaiser les blessures du passé.
Source : ArMen, numéro 271.






