
L’AES dit non à l’Occident, tout en tissant des liens discrets
Le 10 avril 2026, à Bamako, le ministre des Affaires étrangères malien Abdoulaye Diop a annoncé le retrait de la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), mettant fin à une position diplomatique maintenue depuis 1984. Ce changement marque un tournant dans les relations entre le Mali et le Maroc, et constitue un coup dur pour l’Algérie, principale alliée du Polisario.
Peu avant cet événement, à Niamey, la Grande Commission mixte algéro-nigérienne a abouti à la signature d’une vingtaine d’accords dans des domaines variés tels que la défense et l’énergie, illustrant un rapprochement entre le Niger et l’Algérie, alors que le Mali s’en éloigne.
Parallèlement, Ibrahim Traore, le chef de la junte burkinabè, a validé l’agrément d’un nouvel ambassadeur israélien à Ouagadougou, tout en prônant un rapprochement avec l’Iran. Ces mouvements révèlent des signaux diplomatiques contradictoires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Depuis leur accession au pouvoir, les juntes de Bamako, Niamey et Ouagadougou ont construit leur légitimité sur des discours de rupture avec la France et d’anti-impérialisme, mais ces récits commencent à se fissurer. Le Mali, après avoir rompu avec l’Algérie, utilise cette inimitié pour renforcer ses liens avec le Maroc, en échange d’un accès à l’Atlantique et d’une augmentation des bourses pour les étudiants maliens.
Dans un contexte plus large, les États-Unis semblent réévaluer leurs relations avec ces pays. L’administration Trump, par le biais de visites officielles, s’oriente vers un rapprochement avec les pays de l’AES, malgré un passé de distance en raison de la législation interdisant l’aide aux gouvernements issus de coups d’État.
Cette dynamique est particulièrement visible au Burkina Faso, où le ministre de la Défense a récemment discuté de coopération militaire avec l’Iran, tout en ouvrant des canaux avec Israël sur des questions de sécurité.
Les récentes évolutions diplomatiques soulignent une réalité : le partenariat avec la Russie, qui a dominé les discussions ces dernières années, semble insuffisant face aux défis sécuritaires. Les forces russes, notamment Wagner, ont été critiquées pour leur incapacité à stabiliser la région, entraînant des conséquences tragiques en termes de pertes humaines et de violence.
En conclusion, l’AES navigue dans un contexte complexe où les alliances se redéfinissent. Les discours souverainistes, bien que puissants en termes de mobilisation interne, semblent de moins en moins compatibles avec une stratégie de partenariat efficace, laissant les populations des pays concernés face à des réalités troublantes.
Source : Bénin Check





