
La réinvention de la gestion des déchets électroniques en Afrique
La croissance rapide du numérique en Afrique s’accompagne d’une explosion des déchets électroniques. Chaque année, le continent accumule plus de 2,5 millions de tonnes de ces déchets, un volume en forte hausse, notamment en raison des importations d’équipements usagés en provenance des pays industrialisés. Cette situation appelle à une action urgente, comme l’indique le rapport 2024 du Global E-waste Monitor.
Table des matières
Au Ghana, environ 150 000 tonnes de déchets électroniques étrangers entrent chaque année dans le pays, tandis que 52 000 tonnes sont générées localement, selon des chiffres de 2019. D’autres pays comme l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Algérie et le Maroc figurent parmi les principaux producteurs de déchets électroniques sur le continent.
Un secteur informel omniprésent
Dans plusieurs pays africains, jusqu’à 97 % des déchets électroniques sont collectés et traités par le secteur informel. Les méthodes utilisées, telles que le brûlage à l’air libre et la lixiviation chimique, entraînent la libération de substances toxiques comme les dioxines et les métaux lourds. Ces pratiques ont des conséquences sanitaires graves, notamment des maladies respiratoires et des troubles neurologiques, affectant particulièrement les femmes enceintes et les enfants.
Malgré les dangers, fermer ces filières reste impensable pour de nombreux gouvernements, car elles représentent une source de revenus pour des centaines de milliers de personnes. Les experts appellent à intégrer ce secteur dans un système plus sécurisé et mieux encadré.
Une opportunité économique sous-exploitée
Les déchets électroniques contiennent également des ressources précieuses. En 2022, la valeur potentielle des métaux contenus dans les déchets électroniques mondiaux était estimée à 91 milliards de dollars, bien que seulement 28 milliards aient été récupérés. En Afrique, les pertes sont significatives, avec plus de 4 milliards de dollars de métaux générés sous forme de déchets électroniques en 2022, tandis que seulement 22 % de ces volumes sont recyclés de manière formelle au niveau mondial.
Le coût environnemental et sanitaire de cette situation est estimé à 1,8 milliard de dollars par an pour le continent, selon un rapport de la Banque africaine de développement.
Des importations illégales persistantes
Environ 3,3 milliards de kilogrammes de déchets électroniques ont été exportés illégalement vers l’Afrique en 2022, souvent sous l’étiquette d’« équipements d’occasion à bas coût ». Malgré les conventions internationales, les sanctions restent limitées, et ces flux persistent.
Appel à un changement de modèle
Pour transformer la gestion des déchets électroniques, plusieurs options sont envisagées, notamment l’intégration du secteur informel par la formation et l’équipement, l’investissement dans des infrastructures de collecte, et le renforcement de la Responsabilité élargie des producteurs. L’harmonisation régionale des réglementations et le développement d’outils numériques de suivi sont également cruciaux.
L’EACO mobilise en Afrique de l’Est
L’East African Communications Organisation (EACO) multiplie les initiatives pour structurer une économie circulaire des déchets électroniques. Un atelier régional a été organisé à Kinshasa en mars 2026, réunissant des représentants de plusieurs pays pour discuter de la création d’un cadre régional commun aligné sur la stratégie 2026-2031.
Un véritable défi pour la RDC
Les déchets électroniques représentent à la fois un risque environnemental et une opportunité économique. Les régulateurs doivent intégrer la durabilité dans la gouvernance du secteur numérique pour éviter que la région ne devienne « un dépotoir technologique ». La ministre congolaise de l’Environnement a souligné l’importance de la coopération régionale pour faire face à ce défi.
L’économie circulaire, une opportunité
La production mondiale de déchets électroniques devrait atteindre 82 milliards de kilogrammes d’ici 2030. Si rien n’est fait, les déchets électroniques en Afrique pourraient augmenter de 50 % d’ici cette date, entraînant des conséquences potentiellement irréversibles. Cependant, cette menace peut être transformée en opportunité, en créant des emplois spécialisés et en développant de nouvelles chaînes de valeur.
Source : BBC News Afrique, 2 mai 2026.






