
La productivité comme antidote au décrochage de l’Europe
Lauréat du Prix du meilleur jeune économiste français en 2025, Antonin Bergeaud alerte sur le « décrochage » économique de l’Europe, qui est désormais distancée par les États-Unis en termes de PIB par habitant. Cette situation, selon lui, menace le modèle social européen en raison d’une croissance insuffisante.
Dans son ouvrage La Prospérité retrouvée (éd. Odile Jacob, 240 pages, 23,90 euros), Bergeaud plaide pour que la productivité devienne la priorité des dirigeants politiques. Il considère que l’amélioration de la productivité est essentielle pour faire face aux défis majeurs auxquels le Vieux Continent est confronté, tels que le poids de la dette, la fragilité des systèmes de retraite, le financement de la transition écologique et la pérennité des services publics. Il souligne : « Choisir d’ignorer le rôle de la productivité pour des raisons idéologiques, c’est nier une réalité arithmétique pourtant indiscutable : dégager des capacités budgétaires significatives pour investir requiert de la croissance. »
Bergeaud nuance les critiques des partisans de la sobriété en affirmant qu’il ne s’agit pas de « produire toujours plus », mais de « produire mieux » et de « réinventer la prospérité ». Il propose un modèle inspiré de la Darpa, l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense aux États-Unis, qui a été à l’origine de nombreuses innovations technologiques. Cette agence, financée par le Pentagone à hauteur de 4 milliards de dollars par an (environ 3,42 milliards d’euros), favorise la concurrence entre projets, contrairement à la logique des « champions nationaux » souvent adoptée en France.
Pour faire émerger de nouveaux acteurs européens, Bergeaud recommande de tirer pleinement parti de la commande publique comme levier d’innovation, de créer un fonds stratégique à l’échelle du continent et d’établir une agence dédiée au financement de projets à fort potentiel.
Source : Le Monde.






