
La lutte contre l’antisémitisme : un enjeu redéfini pour la gauche
La Ligue des droits de l’homme (LDH), fondée en 1898 en pleine affaire Dreyfus, a longtemps été un pilier de la gauche française. Dans les années 1930, son président a joué un rôle clé dans l’union des partis de gauche, des syndicats et des associations antifascistes, contribuant à la formation du Front populaire. Récemment, la LDH a critiqué les propos de Jean-Luc Mélenchon, tenus à Lyon le 26 février, concernant Jeffrey Epstein, les qualifiant de « conspirationnistes et antisémites ». Elle souligne que « jouer sur les ressorts de l’antisémitisme, puis se placer dans le déni et la victimisation en accusant ceux qui dénoncent les propos d’être eux-mêmes antisémites, c’est s’affranchir de toutes les valeurs de l’antiracisme et trahir celles du camp progressiste ».
Les contextes de l’affaire Dreyfus et de celle d’Epstein sont profondément différents. L’affaire Dreyfus concernait un officier innocent, condamné à tort, tandis qu’Epstein est un pédocriminel reconnu. Ces deux injustices, bien que opposées, interrogent le camp progressiste sur sa position face à l’antisémitisme.
Au XIXe siècle, la gauche n’était pas unanime sur l’affaire Dreyfus, où l’antisémitisme était perçu comme une « sous-section de l’anticapitalisme », selon l’historien Michel Winock. Les socialistes, dont les guesdistes, considéraient cette affaire comme un conflit bourgeois. Jean Jaurès, figure emblématique, a mis du temps à affirmer une position claire, nécessitant un effort collectif d’intellectuels, de journalistes et de magistrats pour contrer les passions antisémites et rassembler la gauche autour de Dreyfus.
La lutte contre l’antisémitisme, autrefois un principe structurant pour la gauche, semble aujourd’hui remise en question, soulevant des interrogations sur son engagement face à des propos jugés problématiques.
Source : Le Monde






