
La France sacrifie-t-elle sa souveraineté énergétique et sa transition écologique ?
Après deux ans de reports et de tergiversations, la France a enfin adopté sa Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Cependant, ce plan semble s’ancrer dans des choix passés, avec un fort accent sur le nucléaire, une marginalisation des énergies renouvelables (EnR) et une absence de mesures significatives pour la sobriété énergétique. Dans un contexte international tendu, marqué par des tensions au Moyen-Orient et des craintes de nouveaux chocs pétroliers et gaziers, ces choix soulèvent des questions sur la souveraineté énergétique française et ses engagements climatiques.
La France s’est engagée à réduire sa consommation d’énergie de 30 % entre 2012 et 2030, selon la directive sur l’efficacité énergétique (DEE). En 2023, elle n’a atteint que 14,1 % de cet objectif. La PPE3 fixe un objectif de réduction de seulement 18 % d’ici 2030, un recul par rapport à l’engagement initial. Cette absence de mesures ambitieuses pour la sobriété énergétique est préoccupante, car aucune transition énergétique ne peut réussir sans elle.
La PPE3 prévoit la construction de 6 à 14 nouveaux réacteurs EPR, dont la technologie est coûteuse et dont le déploiement est prévu après 2040. Les incertitudes autour de ces projets sont nombreuses. Par exemple, le design des futurs EPR2 n’est pas encore connu, et les retards et surcoûts observés sur des projets comme Flamanville en France soulèvent des doutes quant à la viabilité de ce calendrier. De plus, les implications économiques pour les entreprises et les ménages restent floues, mais il est raisonnable de s’attendre à des coûts élevés pour les contribuables.
Concernant les énergies renouvelables, la PPE3, bien qu’elle offre un certain répit aux professionnels du secteur, ne répond pas aux ambitions nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique. Malgré un soutien massif de la population — 84 % des Français ont une image positive des EnR — les objectifs de la PPE3 sont jugés insuffisants. Par exemple, les objectifs pour l’éolien terrestre et le photovoltaïque ont été revus à la baisse, et l’éolien en mer connait un retard de deux ans dans ses prévisions.
En ce qui concerne la biomasse bois, la PPE3 ne fixe aucun objectif quantifié pour les prélèvements, alors que des tendances inquiétantes émergent, notamment une augmentation programmée des prélèvements qui pourrait compromettre la crédibilité climatique de la France. Une réforme des politiques forestières est jugée nécessaire pour concilier exploitation du bois et préservation du climat.
En conclusion, la PPE3, en misant sur le nucléaire et en négligeant les énergies renouvelables et la sobriété, pourrait compromettre la souveraineté énergétique de la France et sa capacité à atteindre ses objectifs climatiques. Des voix s’élèvent pour appeler à une réorientation de cette stratégie vers un mix énergétique plus sobre et renouvelable.
Source : FNE





