Israël et la doctrine de la périphérie, par Karim Emile Bitar (Le Monde diplomatique, mai 2026)

Une stratégie du chaos et de la fragmentation

Au Liban ces dernières semaines, comme ailleurs au Proche-Orient depuis plusieurs mois, Tel-Aviv a intensifié ses bombardements sur les populations civiles et mené des incursions terrestres. Au-delà de ces actions militaires directes, Israël cherche également à fracturer les sociétés voisines et à affaiblir le camp de ses adversaires arabes par le biais d’alliances stratégiques, conformément à la doctrine dite « de la périphérie ».

Cette doctrine, qui remonte à plusieurs décennies, vise à isoler les ennemis d’Israël en nouant des alliances avec des États ou des groupes non arabes, tout en exploitant les tensions internes au sein des sociétés arabes. Au cours des dernières semaines, les opérations militaires israéliennes ont été marquées par des destructions massives et des pertes civiles significatives. Des rapports font état de plus de 350 civils libanais tués en quelques minutes lors d’une offensive récente, avec près de 1 500 blessés.

Historiquement, cette approche a été appliquée avec succès lors de précédentes campagnes, notamment en Galilée en 1948. Cependant, près de cinq décennies plus tard, l’armée israélienne semble éprouver des difficultés à transformer ses offensives militaires en solutions politiques durables. Comme l’a observé Henry Kissinger, Israël semble davantage préoccupé par des considérations internes que par une politique étrangère cohérente.

La montée des courants messianiques en Israël, qui aspirent à l’établissement d’un « Grand Israël » englobant des territoires comme le sud du Liban, influence à la fois la politique intérieure et extérieure israélienne. Cette dynamique pourrait bien remettre en lumière la pertinence de la doctrine de la périphérie, alors que les tensions au sein de la région continuent de croître.

Source : Karim Emile Bitar, Le Monde diplomatique, mai 2026.

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