C’est exactement la même logique qu’à Gaza : Israël impose sa « politique de terre brûlée » pour contrôler le sud du Liban

Un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, les destructions massives et les déplacements de population continuent de transformer le sud du Liban. Le 15 mai, les deux pays ont prolongé cette trêve, mais les violences persistent, entraînant la mort de près de 400 personnes selon les autorités libanaises.

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a déclaré le 10 mai qu’Israël contrôle désormais « 68 villages » dans le sud du Liban et occupe « près de la moitié de la zone au sud du fleuve Litani ». Il a comparé les destructions à celles observées dans la bande de Gaza. À Tyr, les pêcheurs rapportent des restrictions d’accès à certaines zones maritimes, avec des ordres de ne pas dépasser certaines limites sous peine de représailles.

Depuis octobre 2023, l’armée israélienne maintient une présence aérienne permanente, notamment par l’utilisation de drones. L’entrée des troupes israéliennes sur le terrain marque un « changement qualitatif et quantitatif », avec des bombardements accompagnés de destruction d’infrastructures et d’habitations.

Les images des villages frontaliers rappellent celles de Gaza : quartiers rasés et terres agricoles brûlées. Les frappes israéliennes ont causé au moins 2 618 morts et 8 094 blessés depuis le 2 mars, selon le ministère de la Santé libanais. Plus d’un million d’habitants ont été déplacés dans le pays.

Israël justifie ses actions par la nécessité de repousser le Hezbollah de sa frontière nord. Cependant, cette escalade de tensions coïncide avec un troisième cycle de négociations entre représentants libanais et israéliens, prévu à Washington.

Une majorité de Libanais refuse un accord de paix avec Israël, perçu comme une normalisation des relations avec un pays qui continue de bombarder leur territoire. Des experts affirment qu’il existe une volonté de détruire la région pour empêcher le retour des habitants. Selon Agnès Levallois, présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient, la stratégie israélienne vise à rendre le territoire invivable, similaire à la situation à Gaza.

Aurélie Daher, spécialiste du Hezbollah, évoque une politique de « grignotage », où Israël avance par petits pas, détruit et passe à la ville voisine. La destruction d’infrastructures est au cœur de cette stratégie, chaque bâtiment étant considéré comme un potentiel entrepôt d’armes du Hezbollah.

Israël semble créer un « no man’s land », n’ayant pas besoin d’une occupation militaire massive tant que les habitants ne peuvent pas retourner vivre sur leurs terres. Le sud du Liban est de nouveau qualifié de « zone tampon » par Israël, bien que la situation actuelle diffère de l’occupation précédente entre 1978 et 2000.

Le Liban, affaibli par une crise économique et politique depuis 2019, se retrouve sans levier face à cette situation. Les États-Unis, principaux alliés d’Israël, ne semblent pas vouloir exercer de pression, laissant le Liban dans une position de grande solitude.

Les milliers d’habitants déplacés espèrent regagner leurs maisons, tandis que d’autres craignent que leurs villages ne deviennent que des souvenirs. Dans un contexte de recomposition régionale, la question des alliés devient de plus en plus complexe pour le Liban.

Source : Franceinfo

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