
Reconnaître la valeur du travail gratuit : un enjeu sociétal majeur
La question de la détermination de la valeur d’un bien, d’un service ou même d’une personne est au cœur de l’ouvrage de la conférencière et militante féministe danoise Emma Holten, Nous le valons bien (Robert Laffont, 390 pages, 21,90 euros). Dans cet essai, l’autrice examine le concept du « pouvoir des prix », qui, selon elle, est devenu le mètre-étalon de toute valeur dans les sociétés occidentales. Elle déplore que cette « mesure scientifique » soit privilégiée par l’économie, au même titre que des unités telles que le kilogramme ou le centimètre.
Holten soutient que cette approche implique de considérer comme négligeable tout ce qui ne peut être quantifié. Elle note : « Lorsque tout a un prix, une hiérarchie se crée. Au bas de l’échelle, on trouve les choses et les personnes dont la valeur est la plus difficile à déterminer ». Cela inclut particulièrement le care, ou « travail du soin », qui repose sur des interactions humaines contribuant à améliorer la santé, le bien-être et la qualité de vie.
L’ouvrage met en lumière l’effacement du care dans l’échelle des valeurs et dans les mentalités, en particulier dans la sphère privée, où la majorité des travailleurs de l’ombre sont des femmes. Holten rappelle que des figures historiques comme Adam Smith, bien qu’ignorant la valeur de ce travail, en ont bénéficié indirectement, citant que sa mère et sa cousine « préparaient ses repas, faisaient sa lessive et son ménage, pour qu’il puisse écrire et enseigner ». Elle conclut que « tout le monde gagne de l’argent grâce au travail non rémunéré, sauf les personnes qui l’effectuent ».
Le phénomène s’étend également aux organisations et au travail rémunéré. Holten évoque la domination du management par les chiffres et ses conséquences néfastes sur les employés. Elle souligne que « lorsque seuls les résultats quantifiables comptent, cela a un effet dissuasif sur nous tous. Au travail, nous nous abstenons de prodiguer du care, même si nous voulons le faire, de peur d’être pénalisés », ce qui menace l’investissement relationnel des salariés et les bénéfices qui en découlent.
Cet essai soulève des questions cruciales sur la reconnaissance et la valorisation des travaux souvent invisibles, soulignant la nécessité d’une réflexion approfondie sur les valeurs qui guident nos sociétés contemporaines.
Source : Emma Holten, Nous le valons bien, Robert Laffont.






