
Un tout nouveau service. Le 28 avril 2026, Lille actu annonçait l’arrivée d’une boutique Flixbus en gare Lille Europe. La 4e seulement en France, deux se trouvant à Paris et une à Lyon. Une installation qui ne devrait pas révolutionner les trajets en bus au départ de Lille mais qui reste un événement, tant l’arrêt est mal équipé alors que plus d’un million de voyageurs passent par la capitale des Flandres chaque année. Un rapport de 2025 l’épingle d’ailleurs. Comment expliquer ce retard et va-t-il être comblé ? Éléments de réponses.
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Gare routière Lille Europe : un manque d’équipements criant
Le rapport est sans équivoque. Chaque année depuis dix ans, l‘Autorité de régulation des transports (ART) fournit un document bien complet sur le marché du transport par autocar et sur les gares routières en France. En juin 2025, paraissait le rapport sur l’année 2024.

Un dossier dans lequel s’est plongé Lille actu à l’occasion de l’annonce par BlaBlaCar de la fin de son service de bus d’ici 2027, notamment sur la ligne la plus empruntée en France : Lille-Paris.
Et ce rapport n’est pas tendre avec l’arrêt situé derrière la gare Lille Europe, sur le boulevard de Turin. « Lille Europe n’offre aucun des neuf services suivants (personnel sur site, information dynamique, billetterie, salle d’attente, sanitaires, distributeur de boissons, restauration, accès wifi, salle de repos conducteurs), et ne propose qu’un simple abribus pour plus de 1 million de passagers annuels. »
Elle est ainsi la seule des 10 gares routières les plus fréquentées à ne compter aucun de ces neuf services. À titre de comparaison, celle de Paris Bercy en compte six, en l’absence d’une offre de restauration et d’un accès à internet.
Mais avec son « simple abribus », l’arrêt de Lille « n’est pas une gare routière », selon Stanislas Dendievel, adjoint aux transports et aux mobilités à la Ville de Lille. Il poursuit : « C’est une halte qu’on accorde aux compagnies d’autocars mais elle n’a pas les équipements d’une gare routière. »
Plus d’un million de passagers annuels : comment justifier ce manque d’équipements ?
Pour expliquer les conclusions de ce rapport, Stanislas Dendievel avance plusieurs éléments. D’abord, il relève, factuellement, que le cas lillois est ambigu, la gare SNCF étant accessible aux passagers circulant en bus, sur ces horaires d’ouverture. « Les voyageurs utilisent les services de la gare où il existe des toilettes, des possibilités de se mettre à l’abri, une offre de restauration etc… »

Mais en 2024, on comptait 74 trajets quotidiens sur la ligne Lille-Paris, avec des départs dès 3h du matin. « En 2024, Lille Europe recule au 6e rang en termes de fréquentation », écrit l’ART dans son rapport, estimant plus haut que « un déficit de qualité des gares pourrait fortement altérer l’expérience des usagers de ces services et les inciter à renoncer à emprunter les autocars longue distance. »
Mais Stanislas Dendievel ne souhaite pas que la Ville, responsable de l’arrêt de bus, prenne toutes les responsabilités de ce constat. « Il est regrettable que la loi Macron du 6 août 2015 ait libéralisé le voyage en car sans avoir donné des moyens aux collectivités d’investir dans les infrastructures. » Et ce dernier d’ajouter, sans surprise, que « les opérateurs d’autocars ne se sont jamais manifestés pour contribuer à un investissement pour le confort des usagers ».
L’arrêt de Lille : un simple arrêt d’occupation du domaine public
Dans une fiche produite en mars 2019, la préfecture de Bretagne rappelle que la « loi Macron » a « ouvert le marché du transport régulier interurbain de voyageurs par autocar à l’initiative privée », laissant ainsi « une totale liberté dès que la distance entre deux arrêts dépasse 100 km ». En un an, 5 millions de passagers en plus ont été enregistrés sur les lignes.

Mais chaque gare n’est pas gérée de la même manière, souhaite rappeler Stanislas Dendievel. Ainsi à Lille, un simple « arrêt d’occupation du domaine public, boulevard de Turin » a été accordé, « sans contrepartie financière », quand les autocaristes paient une redevance pour profiter de la gare de Paris Bercy. Comptez 16,04 € l’entrée en gare routière, selon les derniers chiffres, contre 5,17 € en moyenne sur les autres sites.
« L’ART veille à ce que les tarifs d’accès reflètent les charges de l’infrastructure.
Mais dans son dernier rapport, l’ART indique à ce sujet que 73 % des aménagements desservis par le service librement organisé de voyageurs par autocar (SLO), demeurent accessibles gratuitement, comme c’est le cas à Lille. Mais cette dernière ajoute que, « en tant que régulateur économique, l’ART veille à ce que les tarifs d’accès reflètent les charges de l’infrastructure. » Difficile donc d’imaginer obtenir des revenus par ce biais, à Lille, tant qu’une vraie gare routière ne voit pas le jour.
Une gare routière digne de ce nom à Lille : peut-être pour bientôt
Elle n’est pas prévue pour demain. Mais une gare routière digne de ce nom pourrait bien avoir le jour à Lille dans les prochaines années. « La législation évolue vers une clarification des compétences. Le 28 avril, le Sénat a adopté un projet de loi sur le développement des transports », rappelle l’adjoint à la Ville de Lille.
Un texte, soumis par le ministre des Transports, Philippe Tabarot, au sein duquel un article prévoit que, « toute autorité organisatrice de la mobilité visée à l’article L. 1231-1 dont le ressort territorial compte plus de 200 000 habitants, garantit l’existence, à compter du 1er janvier 2032, d’au moins une gare routière ou d’un autre aménagement de transport routier défini à l’article L. 3114-1, répondant à des spécifications proportionnées aux flux de voyageurs par autobus ou autocars, relevant notamment de services librement organisés, définies par un décret en Conseil d’État. »
Pour Stanislas Dendievel, « si cette loi poursuit son chemin législatif, ça donnerait un meilleur cadre juridique pour agir. » Mais ce dernier attend beaucoup de la Métropole européenne de Lille (MEL), qui a déjà financé l’abribus installé boulevard de Turin. « Le sujet, ça va être les moyens financiers. Nous avons engagé une réflexion et des discussions avec la MEL pour proposer une solution plus pérenne selon les différents scénarios ouverts. Mais avec l’accueil d’une gare routière à dimension internationale, il y aura une contribution de l’opérateur à son fonctionnement car ça a un coût. »
Un projet qui se fera en lien avec l’évolution du projet d’aménagement d’Euralille à la Deûle, porté par la MEL, au sein duquel « les espaces publics vont être remaniés ».
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