
Interdire les réseaux sociaux aux mineurs : un frein aux alternatives vertueuses ?
La proposition de loi visant à « protéger les mineurs des risques auxquels les expose l’utilisation des réseaux sociaux » sera bientôt examinée par le Sénat. Elle soulève des interrogations quant à son efficacité, notamment sur le modèle économique basé sur la captation de l’attention. Sans une approche ciblée sur cette architecture, la régulation pourrait manquer sa cible.
Adopté par l’Assemblée nationale le 26 janvier 2026, ce projet de loi entend interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de quinze ans. Cette mesure bénéficie d’une procédure accélérée à la demande du gouvernement. Un amendement voté en accord avec la rapporteure Laure Miller efface toute distinction entre les réseaux sociaux jugés dangereux et les autres, les désignant tous comme « dangereux pour les moins de 15 ans ». Par conséquent, le législateur n’apporte aucune définition claire des réseaux à interdire.
Selon le Digital Market Act (DMA) européen, un réseau social est un « service de plateforme essentiel […] permettant aux utilisateurs finaux de se connecter ainsi que de communiquer entre eux, de partager des contenus et de découvrir d’autres utilisateurs et d’autres contenus ». Sur cette base, le projet de loi français semble confondre différents types de réseaux, pénalisant ceux qui pourraient offrir des alternatives.
Les alternatives aux grandes plateformes comme TikTok ou Instagram existent, mais elles demeurent peu connues et manquent de moyens. Des projets tels que Tournesol, Reconnexion, Qwice, Panodyssey ou needle.social émergent, souvent issus de la recherche publique, mais peinent à se faire une place.
Le débat autour de l’interdiction des réseaux sociaux a également tendance à occulter les enjeux démocratiques soulevés par le modèle économique des Big Tech. Les préoccupations liées à la santé des adolescents détournent l’attention des effets néfastes de la désinformation et de la manipulation des données.
Le modèle économique des grandes plateformes numériques est souvent cité comme un facteur d’accélération de la désinformation. La Commission européenne a, par exemple, conclu que TikTok enfreignait la législation sur les services numériques en raison de sa conception addictive.
Pour faire face à ces enjeux, des actions systémiques contre l’économie de l’attention sont envisageables. Les parlementaires pourraient envisager de taxer la publicité numérique, comme l’a suggéré une note du MIT de 2024, pour forcer les Big Tech à repenser leurs modèles économiques.
Ainsi, plutôt que d’interdire l’accès aux réseaux sociaux, il serait peut-être plus judicieux d’appliquer les lois existantes sur la modération des contenus et d’exiger une responsabilité accrue des plateformes. Cela pourrait ouvrir la voie à l’émergence de réseaux sociaux alternatifs et vertueux, considérés comme des biens communs essentiels à la résilience informationnelle de nos sociétés.
Source : LCP, Assemblée nationale, Digital Market Act.




