Hantavirus et écoanxiété : « S’inquiéter est plutôt une réaction saine »

Hantavirus et écoanxiété : « S’inquiéter est plutôt une réaction saine »

Le 1er avril, le MV Hondius quittait Ushuaïa, en Argentine, avec 147 passagers et membres d’équipage. Quarante jours plus tard, la croisière s’est transformée en crise sanitaire internationale : onze cas d’infection à l’hantavirus Andes ont été recensés, dont trois décès. Le navire, bloqué au large avant d’être finalement autorisé à accoster à Tenerife (Espagne), a été évacué sous les yeux du monde entier.

En France, cinq personnes ont été hospitalisées et 22 cas contacts identifiés. L’hantavirus Andes provoque un syndrome cardiopulmonaire sévère dont le taux de létalité peut atteindre 30 à 60%. Pour l’heure, l’OMS écarte le risque d’une épidémie de grande ampleur. Cependant, cette situation a réveillé une anxiété diffuse, rappelant les souvenirs de la pandémie de Covid-19, à une époque où les alertes sanitaires se multiplient en parallèle de la crise écologique.

Alice Desbiolles, médecin de santé publique et épidémiologiste, souligne que cette anxiété n’est pas une pathologie mais une réaction rationnelle dans un monde incertain. Dans son livre L’Écoanxiété — Vivre sereinement dans un monde abîmé (Fayard, 2020), elle discute des impacts psychologiques de telles crises. Desbiolles évoque également que la gestion de la crise du Covid peut servir de leçon pour appréhender les crises futures.

Face à l’hantavirus, l’inquiétude et la peur émergent, ravivant un traumatisme collectif. Ce type d’événement, assimilable à une catastrophe, s’inscrit dans notre mémoire individuelle et collective, renforçant la crainte d’une nouvelle pandémie.

Les menaces sanitaires, telles que le Covid, Mpox et l’hantavirus, s’accumulent. Cette surcharge d’informations peut entraîner une saturation émotionnelle. Desbiolles note que, comme pour les violences conjugales, nous développons un seuil de tolérance face à ces alertes, ce qui peut avoir des conséquences psychologiques variées.

Les scientifiques établissent des liens entre l’hantavirus, la déforestation et la perte de biodiversité, soulignant que les préoccupations concernant ces nouveaux agents infectieux doivent inclure une interrogation sur leurs causes.

Comprendre ces causes peut à la fois aider et aggraver l’anxiété. Desbiolles insiste sur l’importance de maintenir une écoanxiété adaptative, celle qui pousse à l’action plutôt qu’à la paralysie. Elle refuse de classer cette anxiété comme une pathologie, arguant que cela pourrait discréditer les personnes qui questionnent légitimement le monde.

Concernant les réactions face à ces crises, Desbiolles explique que s’inquiéter face à un virus létal est une réaction saine. L’intensité de cette émotion et son impact sur le fonctionnement quotidien déterminent si un accompagnement est nécessaire.

Les inégalités sociales de santé jouent également un rôle dans la vulnérabilité face à l’anxiété. Deux individus exposés à la même situation ne réagiront pas de la même manière en raison de divers facteurs, tels que le soutien social et l’accès aux soins.

Enfin, Desbiolles affirme qu’il est crucial de reconnaître la complexité des enjeux en matière de santé publique. En période de crise, il est essentiel de maintenir des connexions sociales solides et de s’engager collectivement pour traverser ces défis.

Source : Reporterre.

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