Fibre Excellence : l’ADEME prend le relais du liquidateur face à un péril imminent
L’État reprend la main face à un « péril imminent » : l’ADEME se substitue au liquidateur
Liquidée depuis la fin juillet, l’usine Fibre Excellence de Tarascon présente toujours des risques pour l’environnement, en raison des matières toxiques présentes sur le site et toujours pas évacuées. Confronté à l’immobilisme de liquidateurs « en situation de délinquance », l’État choisit de faire intervenir l’ADEME en urgence. Deux arrêtés préfectoraux ont été publiés.
Près de deux mois après le placement en liquidation de l’usine de pâte à papier Fibre Excellence, l’État choisit de passer à la vitesse supérieure, dénonçant « l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement » du mandataire judiciaire. Dans un communiqué daté du 18 septembre, le ministère chargé de la Transition écologique annonce qu’au vu de la situation « d’urgence impérieuse » du site des Bouches-du-Rhône, classé Seveso, l’État a « décidé de faire intervenir l’Ademe » (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).
« L’État reprend la main« , confirme le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefevre, en marge d’une visite auprès des pompiers du département. Malgré les mises en demeure et les injonctions du préfet, « on fait face à un repreneur qui ne respecte aucune obligation, qui est dans une situation de délinquance environnementale », s’agace-t-il.
Lors d’un récent contrôle, les services de l’État ont mis en évidence « la présence de bois, de produits dangereux et de déchets répartis sur l’ensemble du site, dont des déchets dangereux liquides », présentant une menace de contamination pour le Rhône voisin. « Rien n’est mis en place, et une catastrophe environnementale peut se préparer », confirme Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
Trois missions ont été confiées à l’ADEME pour se substituer au liquidateur défaillant : des « opérations de gardiennage et de surveillance du site », la mise en sécurité « face au risque d’incendie » et le « redémarrage » de la station d’épuration pour éviter toute pollution dans le Rhône.
Le montant de la facture pour ces opérations s’élève à environ huit millions d’euros, dont 3,5 millions pour la mise en sécurité du site et 4,5 millions pour l’évacuation des déchets dangereux. Ces sommes seront « rendues immédiatement exécutoires » auprès du directeur régional des finances publiques.
François Batista, du syndicat CGT des Bouches-du-Rhône, se déclare satisfait : « C’est exactement ce qu’on demandait pour protéger l’outil industriel, protéger les populations et l’environnement. » Le 17 septembre, une dizaine d’anciens salariés, désormais licenciés, ont pénétré sur le site pour relancer les pompes et la station d’épuration.
Sophie Binet a également appelé les pouvoirs publics à « racheter les anciens actifs immédiatement » pour « permettre aux anciens salariés de stopper la pollution qui est en cours ». Les ex-salariés ont ouvert un autre front contre les mandataires liquidateurs concernant le paiement des arriérés de salaire, le liquidateur devant près de deux millions d’euros de créances.
Article écrit avec les informations de l’AFP, et de Pauline Pidoux et Thierry Valero, journalistes à Ici Provence-Alpes TV.
