En Moldavie, la société civile joue un rôle clé dans une adhésion à l’UE sous tension
La Moldavie a franchi une étape dans ses négociations d’adhésion à l’Union européenne, mais l’ancrage européen du pays reste fragile. Les organisations de la société civile, qui participent aux réformes et documentent les tentatives d’ingérence, doivent composer avec une justice en reconstruction, des financements incertains et une confiance publique inégale. Leur capacité à poursuivre ce travail pourrait peser sur la suite du rapprochement avec l’UE.
Un soutien européen réel, mais fragile
Le soutien à l’adhésion ne se traduit pas automatiquement par une adhésion au parti au pouvoir. Avant les législatives de 2025, les sondages cités par Voxeurop accordaient entre 30 % et 35 % des intentions de vote au Parti de l’action et de la solidarité (PAS). Le parti a finalement obtenu environ 50 % des suffrages. Pour Adrian Ermurachi, de l’Institut pour les politiques et les réformes européennes (IPRE), une partie des électeurs a pu voter pour le PAS en raison de son orientation européenne, sans pour autant approuver son bilan.
La confiance dans cette orientation peut aussi être mise à l’épreuve par les affaires intérieures. Le scandale lié à MoldATSA, la régie publique du contrôle aérien, a précédé la démission du Premier ministre Alexandru Munteanu. L’affaire concernait la rémunération d’un proche de la présidente Maia Sandu, recruté sans concours public. Sandu a nié toute malversation et annoncé des mes sur la rémunération et la gestion des entreprises publiques. Le même mois, l’arrestation d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Agriculture pour corruption a ravivé les interrogations sur la lutte anticorruption.
Le soutien à l’adhésion demeure majoritaire, mais il n’est pas uniforme. Dans une enquête publiée par la Commission européenne en juin 2026, 58 % des personnes interrogées en Moldavie se déclaraient favorables à l’entrée dans l’UE. ()
Une justice en chantier
La réforme judiciaire constitue un autre test. Le Centre des ressources juridiques de Moldavie (LRCM) suit depuis plusieurs années la refonte du système, marqué par des scandales de corruption et une fraude bancaire qui, selon son directeur exécutif Ilie Chirtoacă, aurait représenté environ 12 % du produit intérieur brut du pays.
Un processus de vérification des juges et des procureurs a entraîné le départ de plus de 100 juges, indique Chirtoacă. Ces départs compliquent le fonctionnement de tribunaux déjà surchargés : le responsable évoque plus de 100 postes vacants et environ 1 000 dossiers par juge. Il attribue en partie les difficultés de recrutement au niveau des rémunérations, estimé à près de 900 euros mensuels pour un juge.
Dumitru Jomir, ancien procureur chargé de la lutte contre la corruption, estime que les marchés publics restent particulièrement exposés, notamment dans les secteurs du gaz, des chemins de fer et de l’achat de médicaments. Ces faiblesses pourraient aussi affecter la gestion des investissements annoncés lors du sommet moldave de juin : les entreprises, le gouvernement et l’UE ont alors signé des lettres d’intention portant sur environ un milliard d’euros. Pour les organisations de la société civile, la transparence des marchés sera déterminante afin que ces sommes bénéficient effectivement à la population.
Une influence qui se déplace
Les organisations interrogées par Voxeurop décrivent une ingérence russe qui ne s’est pas interrompue, mais a changé de formes. Les réseaux liés à l’oligarque Ilan Șor, dont le parti a été interdit par la Cour constitutionnelle, restent actifs sous d’autres structures, selon le reportage. La police moldave a estimé que des réseaux d’achat de voix associés à Șor avaient impliqué quelque 140 000 personnes, rémunérées par l’intermédiaire d’une application liée à une banque russe.
La bataille de l’information se joue également sur les réseaux sociaux. Après la fermeture de chaînes de télévision en russe liées à Șor, des acteurs de la société civile soulignent le rôle de plateformes comme TikTok, Facebook et Telegram. Le chercheur Sergiu Tofilat affirme que les plateformes ne réagissent pas toutes de la même manière aux comptes de propagande. Des images de journalistes indépendants seraient aussi détournées dans des contenus frauduleux, rapporte la juriste Victoria Mereuță.
Les ONG elles-mêmes sont la cible de campagnes de discrédit. Leurs budgets de projets peuvent être présentés en ligne comme la preuve d’un enrichissement personnel, explique Mereuță. La réduction d’environ 80 % du financement de certaines organisations après la suspension de l’aide de l’USAID en 2025 a rendu le secteur plus vulnérable, selon les personnes interrogées.
Un acteur essentiel, mais exposé
La société civile moldave est associée aux groupes de travail gouvernementaux et contribue au suivi des droits humains mené par Bruxelles. Pourtant, sa réputation demeure fragile : selon les chiffres rapportés par Jomir, 52 % des personnes ayant déjà eu des contacts avec une ONG lui font confiance, contre 20 % parmi celles qui n’en ont pas eu.
Le rapprochement avec l’UE a toutefois avancé depuis l’ouverture des négociations d’adhésion en juin 2024. Le 15 juin 2026, l’Union et la Moldavie ont ouvert les négociations sur le premier groupe de chapitres, consacré notamment à l’État de droit et aux institutions démocratiques. Le 14 juillet, un second groupe, portant sur les relations extérieures, a été ouvert. ()
Cette progression ne règle pas les difficultés décrites par les associations : maintenir la confiance dans les réformes, contrôler l’utilisation des investissements et protéger les organisations qui surveillent les institutions. La diversification énergétique engagée depuis 2022 montre qu’une dépendance peut être réduite ; reconstruire la confiance du public et asr la continuité du travail des ONG restent des défis distincts.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin
