
Une nouvelle épidémie du virus Ebola en République démocratique du Congo a déclenché une alerte sanitaire internationale de la part de l’Organisation mondiale de la santé. Que sait-on sur cette éclosion d’une souche sans traitement connu ? Le Devoir fait le point.
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Quel est le bilan ?
Selon les dernières données du ministère congolais de la Santé, environ 350 cas suspects ont été répertoriés et 91 décès ont été signalés ayant pour cause vraisemblable l’Ebola.
Les données de l’OMS font pour leur part état de deux cas confirmés en laboratoire, dont une personne décédée, à l’Ouganda. Ces deux personnes ont voyagé en République démocratique du Congo avant d’arriver au pays voisin.
En expliquant sa décision de déclencher une alerte sanitaire internationale, l’OMS note toutefois que « le taux de positivité élevé des premiers échantillons prélevés (huit cas positifs sur treize échantillons collectés dans différentes zones), la confirmation de cas à Kampala [en Ouganda], la hausse des signalements syndromiques de cas suspects et les regroupements de décès dans la province d’Ituri [en République démocratique du Congo] laissent présager une épidémie potentiellement beaucoup plus importante que celle actuellement détectée et signalée, avec un risque de propagation local et régional significatif ».
De plus, l’OMS considère que la crise humanitaire, la forte mobilité de la population et le vaste réseau d’établissements de soins de santé informels en République démocratique du Congo peuvent aggraver le risque de propagation. Ce sont particulièrement les neuf pays qui partagent une frontière terrestre avec le pays d’Afrique centrale qui sont à « haut risque » de voir des cas.
La souche Bundibugyo
La souche du virus Ebola responsable de l’épidémie est la souche Bundibugyo. Contrairement à la souche Zaïre, qui est à l’origine des plus grandes épidémies du virus Ebola recensées, il n’y a pas de vaccin ou de traitement pour cette souche.
L’OMS recommande donc aux pays à risque de respecter des mesures barrières, comme limiter les voyages de ceux qui ont été en contact avec des cas pour au moins 21 jours — la période d’incubation du virus — ou bien mettre en place des contrôles sanitaires dans les aéroports.
Les personnes infectées par la souche Bundibugyo présentent au départ des symptômes assimilables à une grippe, ce qui peut retarder la détection du virus. Ceux-ci sont suivis de vomissements, de diarrhée, de douleurs abdominales ou bien de symptômes d’insuffisance rénale et hépatique. Des saignements et des hémorragies peuvent aussi survenir à un stade plus avancé de la maladie.
Pour contracter le virus Ebola, il faut avoir été en contact direct avec une personne infectée, par le sang ou des liquides biologiques, ou en touchant des objets ou surfaces qui ont été contaminés par des liquides biologiques.
Le taux de létalité du virus Ebola est particulièrement élevé, soit près de 50 % en moyenne. Lors des deux seules autres épidémies liées à la souche Bundibugyo — en Ouganda en 2007 et en République du Congo en 2012 —, le taux de mortalité était de 30 à 50 %.
Un risque de pandémie ?
Aux yeux du Dr Karl Weiss, spécialiste en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, à Montréal, « nous ne sommes pas devant une pandémie et il n’y aura pas de pandémie à Ebola ». Pourquoi ? « S’il y a un risque de pandémie, elle aurait commencé il y a 50 ans. Sa capacité de transmission, bien qu’elle existe, elle n’est pas énorme », explique-t-il en soulignant que, contrairement à des maladies virales comme la COVID-19 ou bien la grippe, le virus Ebola ne se transmet pas par voie aérienne.
Pour le Dr Weiss, le plus grand problème qu’une épidémie d’Ebola peut provoquer est un problème logistique. Avec l’absence de traitement, « gérer l’isolement, les contacts ou les soins, ça devient un peu une espèce de scénario cauchemar pour traiter les cas », poursuit-il. « Il faut dédier du personnel : ça prend beaucoup de préparation pour s’équiper, pour rentrer dans les pièces et en sortir. »
Même si le virus Ebola est « toujours inquiétant » en raison de sa sévérité et de son taux de mortalité, la nouvelle épidémie « n’est probablement pas plus inquiétante que ce qu’on a eu dans le passé », résume Karl Weiss.
L’OMS est aussi claire : à ce jour, la plus récente épidémie de virus Ebola en République démocratique du Congo « ne répond pas aux critères d’urgence pandémique ».
Le Règlement sanitaire international, document qui dicte les décisions de l’OMS et de ses pays membres en matière de décisions de santé, mentionne qu’une urgence pandémique « désigne une urgence de santé publique de portée internationale causée par une maladie transmissible » qui présente un risque élevé de transmission géographique dans plusieurs États et qui dépasse, ou risque fortement de dépasser, la capacité des systèmes de santé à y répondre, en plus de provoquer, ou risquer fortement de provoquer, des perturbations sociales ou économiques importantes.
Source : Le Devoir.




