
Tout le monde n’a pas la même petite voix intérieure
Avez-vous, vous aussi, une petite voix intérieure ? La journaliste scientifique Emma Young, par exemple, lui dit souvent des choses comme : « Tu aurais pu te passer de ce morceau de chocolat » ou « N’oublie pas d’emporter le survêt des enfants », comme elle le raconte dans un article paru en juin 2024 sur le site de la British Psychological Society.
Jusqu’à présent, ce phénomène, souvent appelé « monologue intérieur » ou « discours intérieur », était considéré comme une expérience commune à toute l’humanité. Cependant, des recherches récentes remettent en question cette idée. Publiée en mai 2024 dans Psychological Science, une étude de Gary Lupyan et Johanne Nedergaard, respectivement à l’université du Wisconsin à Madison et à l’université de Copenhague, révèle que le monologue intérieur varie grandement d’une personne à une autre. Ces différences pourraient influencer notre manière d’accomplir certaines tâches.
Les résultats montrent que les participants à l’étude ayant une voix intérieure peu active réussissent moins bien certaines tâches, notamment celles faisant appel à la mémoire verbale. En revanche, ceux dont la voix intérieure est plus active obtiennent de meilleurs résultats. Pour encourager la recherche sur ce sujet, les auteurs ont proposé le terme « anendophasie » pour désigner l’absence ou la réduction de cette voix intérieure.
Pas une pathologie
Charles Fernyhough, psychologue à l’université de Durham, qui n’est pas impliqué dans cette étude, souligne qu’il n’est pas convaincu de la nécessité de créer un nouveau terme. Il met en avant l’importance de reconnaître la diversité des expériences intérieures chez chaque individu.
Cette étude s’inscrit dans un ensemble croissant de recherches montrant que nos mondes intérieurs peuvent être très différents. Certains psychologues estiment que ces discours internes jouent un rôle essentiel dans des fonctions telles que la prise de décision et l’enregistrement de souvenirs. Il a même été suggéré que l’absence de voix intérieure pourrait affecter le sentiment d’identité, bien que cela nécessite encore des études approfondies.
L’étude de Nedergaard et Lupyan est la première à établir un lien entre l’anendophasie et des difficultés dans certaines tâches cognitives. Les chercheurs envisagent des implications médicales, notamment en ce qui concerne les troubles du langage après un AVC.
Les chercheurs espèrent maintenant recruter des participants ayant une voix intérieure très peu active, voire inexistante, pour approfondir leur compréhension de ce phénomène et de sa variabilité.
Source : British Psychological Society, Psychological Science, Scientific American





