
« J’essaie de faire l’opposé de tout ce qu’on m’a fait » : face aux violences en cuisine, des chefs veulent réinventer un modèle de travail plus sain
Insultes, harcèlement, agressions : les témoignages se multiplient sur les violences dans les cuisines et les stages en hôtellerie-restauration. Face à cette réalité longtemps passée sous silence, écoles et chefs tentent de réagir avec de nouveaux protocoles, des formations et des initiatives de prévention.
C’est une problématique qui secoue le monde de la gastronomie française : les violences dans le huis clos des cuisines professionnelles. Depuis quelques années, les langues se délient et des chefs osent parler à voix haute des insultes, des coups et des harcèlements dont ils et elles ont été victimes.
Devant chaque école hôtelière, le constat est le même : lorsque les élèves sont interrogés sur d’éventuelles remarques ou comportements violents subis, de nombreux jeunes acquiescent et se confient. Daphné, une élève de 19 ans, témoigne : « On dépassait les horaires et les pourboires, on ne les touchait pas. » Un autre élève évoque des actes de « harcèlement et d’agressions sexuelles » commis par un chef sommelier.
Daphné se souvient de son premier stage dans un hôtel luxueux, où elle a été la cible de brimades. « Par exemple, on ouvrait une bouteille de champagne et on faisait exprès d’en faire couler sur ma chemise parce qu’elle est blanche, pour voir un peu à travers. » Cette réalité est partagée par plusieurs élèves, qui craignent que d’autres jeunes ne subissent le même sort.
Un responsable de formation dans une école hôtelière souligne que cette situation est fréquente, décrivant même un « système » de violence. Il a mis en place un protocole comprenant une charte de bonne conduite pour les établissements accueillant des élèves, ainsi qu’un suivi régulier des stagiaires. « Au retour du stage, les élèves complètent une fiche sur les conditions de travail et les comportements dans l’entreprise », précise-t-il.
Pour combattre ces violences, plusieurs chefs choisissent de « casser les codes ». Vittoria Nardone, présidente de l’association Bondir.e, organise des formations dans les écoles pour sensibiliser les élèves aux problématiques de harcèlement. « On explique ce qu’est le harcèlement sexuel, le harcèlement moral, ce qu’est un viol. On a aussi créé une ligne d’écoute pour les personnes qui ont besoin de parler », explique-t-elle.
Nardone souhaite que ces interventions deviennent obligatoires dans toutes les écoles. Elle-même a été victime de harcèlement sexuel au début de sa carrière, ce qui l’a poussée à créer un environnement de travail sain dans son laboratoire à Paris. « J’essaie vraiment de faire l’opposé de tout ce qu’on m’a fait », affirme-t-elle.
En pleine période de recrutement, le secteur fait face à des difficultés, avec environ 200 000 postes vacants. Les chefs qui adaptent leurs jours d’ouverture et leur organisation du travail espèrent ainsi attirer de nouveaux talents et améliorer les conditions de travail.
Source : Franceinfo





