Des abattoirs municipaux aux usines à viande

Des abattoirs municipaux aux usines à viande

« Faut qu’ça saigne, faut qu’les gens ayent à bouffer », chantait Boris Vian dans son tango des bouchers de la Villette. À Paris comme ailleurs, l’abattage des animaux a longtemps été géré par des établissements publics. Aujourd’hui, la logique industrielle du secteur marchand tend à dominer, tandis que des éleveurs paysans cherchent à développer des modèles alternatifs pour atténuer la souffrance animale.

Au début du XIXe siècle, les communes établissent des abattoirs municipaux pour encadrer une activité controversée. Les autorités interdisent les « tueries particulières » et la conduite du bétail dans les rues de Paris entre 1810 et 1818, rendant nécessaires des établissements dédiés. Ce mouvement se renforce avec la loi du 5 avril 1884, qui institue les abattoirs publics, et se poursuit jusqu’à la Libération. La loi du 5 août 1960 instaure un quasi-monopole des abattoirs publics, prévoyant la disparition progressive des tueries particulières.

Cependant, ce modèle semble désormais obsolète. En 2013, l’abattoir de Viella dans les Hautes-Pyrénées est ravagé par une crue, et sa reconstruction prend près de dix ans. D’autres abattoirs, comme ceux de Privas (Ardèche) et Ruffec (Charente), ferment également. En France, il y a aujourd’hui dix-huit fois moins d’abattoirs de boucherie qu’en Allemagne, treize fois moins qu’en Autriche, et sept fois moins qu’en Italie : un abattoir pour 70 000 unités gros bétail (UGB), contre un abattoir pour 1 000 à 10 000 UGB dans ces pays.

En 1980, la France comptait 767 abattoirs de boucherie, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. Actuellement, il ne reste que 80 abattoirs publics, représentant environ 7 % du volume national d’abattage, contre 62 % en 1980. Ce déclin a été accentué par des normes sanitaires de plus en plus strictes, notamment après les crises sanitaires des années 1990.

La concentration du secteur est marquée par la domination de cinq grands groupes (Bigard, Cooperl, Intermarché, Leclerc et Terrena), qui contrôlent la majorité des volumes d’abattage. En parallèle, des abattoirs de proximité se développent, s’adaptant aux besoins des élevages locaux et offrant des services variés. Les intercommunalités, désormais compétentes, délèguent de plus en plus l’abattage à des acteurs privés ou semi-privés.

La raréfaction des sites d’abattage incite des collectifs d’éleveurs, majoritairement issus de l’élevage paysan, à rechercher des alternatives au modèle industriel. Ces initiatives visent à réduire le stress et la souffrance des animaux, en favorisant un abattage de proximité.

Des amendements récents autorisent des expérimentations d’abattage mobile, mais ces projets peinent souvent à obtenir un soutien financier adéquat. L’abattage paysan représente un enjeu crucial pour le maintien de l’élevage sur les territoires, permettant de relocaliser l’économie et de renforcer les liens entre éleveurs et consommateurs.

Source : Monde Diplomatique

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