
Dans l’ombre de la Lune, pourquoi Artemis II ouvre un nouveau chapitre spatial
Sur les plans technologique, scientifique mais aussi symbolique, le retour d’un équipage en orbite lunaire marque la capacité de l’humanité à reprendre l’exploration lointaine. Explications.
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L’astronaute américaine Christina Koch est la première femme à avoir vu la Lune de près, durant le survol d’Artemis II dans la nuit du 6 au 7 avril, qui a emmené l’équipage à 406 778 km de la Terre, plus loin que n’importe quelle mission habitée.
« Nous allons explorer, construire des vaisseaux et revenir, bâtir des bases scientifiques, conduire des rovers, faire de la radioastronomie, fonder des entreprises et renforcer l’industrie. Mais au bout du compte, nous choisirons toujours la Terre, nous nous choisirons toujours l’un l’autre », a-t-elle déclaré quelques secondes après que le vaisseau Integrity a émergé de la zone de black-out des communications, lors du passage derrière la Lune.
« Depuis notre système unique, fragile et interdépendant : bien reçu », lui a répondu l’astronaute canadienne Jenni Gibbons, responsable des communications avec les astronautes à Houston. Cette remarque fait écho aux préoccupations liées au changement climatique.
Le message posthume d’un astronaute d’Apollo
Comme après la (re)découverte de l’Amérique en 1492 par Christophe Colomb, il s’est écoulé plusieurs décennies entre les premières expéditions d’exploration et les missions destinées à une installation plus permanente. Cinquante-quatre ans après la dernière expédition humaine vers notre satellite naturel, la mission Artemis II a marqué le retour des vaisseaux habités en orbite lunaire, avec en ligne de mire la création d’une base lunaire et l’exploitation de ressources, notamment pour produire du carburant afin de ravitailler les vaisseaux en route vers Mars.
Lancée avec succès le 1er avril depuis le complexe 39B du Centre spatial Kennedy en Floride, propulsée par la fusée géante SLS (pour Space Launch System), la capsule Orion Integrity s’est élancée vers la Lune. À son bord, quatre astronautes : Reid Wiseman (Nasa), commandant, Victor Glover (Nasa), pilote et premier astronaute noir à voyager en orbite lunaire, Christina Koch (Nasa), spécialiste de mission, et Jeremy Hansen (Agence spatiale canadienne, ASC), premier astronaute non-américain à quitter l’orbite terrestre basse.
Le 6 avril, au sixième jour de vol, le vaisseau est entré dans la sphère d’influence gravitationnelle de la Lune. L’équipage a reçu un message de Jim Lovell, commandant des missions Apollo 8 et Apollo 13, enregistré avant son décès en 2025, les enjoignant à « profiter de la vue ».
Contrairement à Jim Lovell et Apollo 13, les astronautes d’Artemis II avaient prévu de s’éloigner à plus de 400 000 km de la Terre. Ils ont survolé la Lune à plus de 6 500 km d’altitude.
Susciter des vocations et des financements
Poursuivant son plan de vol en forme de huit, le vaisseau a transité derrière la face cachée de la Lune, entraînant une perte totale de signal radio, un black-out d’environ quarante minutes. À la reprise des communications, le soulagement et l’émerveillement des équipes étaient manifestes.
La vue depuis les hublots du module Orion, plus vastes que ceux des modules Apollo, a subjugué les astronautes, qui ont observé le spectaculaire lever de Terre. Ils ont pu réfléchir à la place de l’humanité dans l’univers, un aspect souvent oublié des missions d’exploration.
Une moisson scientifique
Bien que leur mission principale était de tester le vaisseau pour un retour sur la Lune, probablement en 2028, l’équipage a mené une intense campagne d’observations, photographiant des zones de la face cachée jamais scrutées par l’œil humain. Leur perception a révélé des détails chromatiques inattendus sur les matériaux éjectés des cratères.
L’un des moments marquants a été l’alignement du vaisseau, de la Lune et du Soleil, générant une éclipse de 54 minutes et permettant de capturer des images de la Lune dans un halo de lumière.
La phase finale du périple a débuté le 7 avril, avec un retour vers la Terre prévu le 11 avril. L’amerrissage de la capsule est programmé dans les eaux de l’océan Pacifique, au large des côtes californiennes.
Source : Le Point.





