Conditions de vie indignes au centre hospitalier Guillaume Régnier, inquiétude grandissante.
Le sort de ces personnes doit intéresser chacun d’entre nous : le centre hospitalier Guillaume Régnier épinglé pour des conditions de vie « indignes »
Le centre hospitalier de santé mentale Guillaume Régnier à Rennes (Ille-et-Vilaine) est pointé pour des atteintes graves aux patients, par un rapport de l’État. Il alerte, notamment, sur les conditions d’hébergement, le manque de lits, et les mes d’isolement. Les soins sans consentement y sont aussi plus nombreux qu’ailleurs en France.
Les contrôleurs généraux des lieux de privation et de liberté ont visité le CHGR pendant deux semaines à l’automne dernier. Leur rapport, rendu début septembre, constate que « les patients continuent de vivre des conditions d’hébergement indignes, dans des unités vétustes où l’hygiène est difficilement garantie ». Selon ce rapport de 102 pages, l’établissement souffre d’une incapacité à répondre pleinement à sa mission, notamment en raison de la fermeture de 59 lits depuis 2020. Les 654 lits d’hospitalisation à temps complet et les 404 places de l’hôpital ne suffisent plus à accueillir les patients bretilliens, entraînant une « suroccupation endémique ».
La situation est aggravée par un manque de personnel. Bien que les effectifs de soignants soient pourvus, le rapport indique un déficit de médecins allant de 20 à 53 % selon les pôles. Les pédopsychiatres, spécialisés dans la prise en charge des enfants, font défaut, avec une pénurie estimée entre un tiers et la moitié des postes.
Rodolphe Verger, secrétaire général CGT à l’hôpital, souligne que le rapport met en lumière le manque de moyens alloués à la psychiatrie, affectant l’accès des patients aux psychologues. Les soignants, bien que « investis avec bienveillance », ne peuvent garantir des soins de qualité en raison des difficultés de recrutement et du manque de formation sur les alternatives aux pratiques d’isolement et de contention.
Le rapport dénonce également que les pratiques d’isolement et de contention « respectent insuffisamment, voire pas, les dispositions légales ». Certaines unités, présentées comme ouvertes, sont en réalité fermées, restreignant la liberté d’aller et venir des patients. Valérie Castel-Pagès, avocate, a constaté ce problème lors d’une visite au CHGR, affirmant que « les personnes en soins libres doivent pouvoir sortir librement ».
Les soins sans consentement représentent 29,4 % en 2024, soit environ 1 200 patients sur les 4 300 pris en charge, dépassant la moyenne nationale de 26,5 %. Cela soulève des inquiétudes quant aux hospitalisations sous contrainte, comme l’a souligné Me Castel-Pagès lors d’une audience intégrée au CHGR : « Le sort de ces personnes doit intéresser chacun d’entre nous. »
Le rapport mentionne également des interventions jugées disproportionnées, comme celle d’une brigade cynophile, et des pratiques telles que le port obligatoire de pyjamas institutionnels, considérés comme « indignes ». Bien que certaines libertés individuelles soient respectées, la configuration des chambres d’isolement varie, certaines étant décrites comme « particulièrement indignes ».
Enfin, les contrôleurs ont dressé une liste de 42 recommandations à destination de l’établissement, qui devront faire l’objet d’un suivi d’ici trois ans. La direction de l’hôpital a indiqué qu’elle prendrait ces recommandations en compte.
Source : Rapport des contrôleurs généraux des lieux de privation et de liberté.
