Comment votent les Gazaouis après le génocide ?
Mardi 28 avril 2026.
Samedi, des élections municipales ont eu lieu en Palestine, marquant le premier scrutin depuis plus de 20 ans, tant en Cisjordanie qu’à Gaza, sous l’égide de l’Autorité palestinienne de Ramallah. Bien que le Hamas détienne le pouvoir dans la bande de Gaza, il a accepté l’organisation de ces élections au nom de l’unité palestinienne.
Le Hamas a déployé sa police, y compris pour la première fois des femmes, pour assurer la sécurité des bureaux de vote. Leur présence, bien que symbolique, a pu dissuader certains électeurs, car les Gazaouis sont conscients que l’armée israélienne cible souvent ces policiers.
Un test démocratique
La tenue d’élections dans un territoire où la majorité des habitants sont déplacés et vivent dans des conditions précaires soulève des questions. La « ligne jaune » israélienne avance, réduisant l’espace habitable à environ 30 % de la bande de Gaza.
Le scrutin a finalement eu lieu uniquement à Deir El-Balah, la seule localité où des habitants sont restés malgré les bombardements. Les villes comme Beit Hanoun, Beit Lahya et Rafah sont désormais derrière cette ligne et ont subi des destructions massives. Sur 2,3 millions d’habitants, seuls 70 000 électeurs étaient inscrits. De nombreux habitants de Gaza-ville, comme moi, n’ont pas pu voter, étant toujours déplacés.
Ni le Hamas, ni le Fatah, ni aucune faction n’étaient officiellement représentés. La règle imposée par Mahmoud Abbas, qui exigeait que les candidats signent la charte de l’OLP, a empêché le Hamas de se présenter. Les quatre listes candidates se sont déclarées « indépendantes », mais des personnalités proches du Hamas étaient présentes sur l’une d’elles. Après les résultats, plusieurs élus ont affirmé leur allégeance à Mahmoud Abbas.
La plupart des candidats provenaient des « grandes familles ». Dans un contexte sans vie politique organisée, le facteur tribal reste prépondérant. Historiquement, les maires étaient nommés parmi ces familles, qui ne représentent que 25 % de la population, tandis que 75 % sont des réfugiés de 1948 et 1967. Après sa prise de pouvoir en 2007, le Hamas a continué cette tradition.
Les réfugiés sont gérés par l’UNRWA, qui s’occupait de l’éducation et des infrastructures dans les camps. La majorité de ces structures sont aujourd’hui détruites, et l’UNRWA est empêchée de poursuivre ses activités.
C’est Israël qui détient tous les pouvoirs sur Gaza
Ce scrutin, bien que symbolique, représente un test démocratique. La participation à Deir el-Balah n’a été que de 22,7 %, contre 53,4 % en Cisjordanie, ce qui témoigne du rejet des factions par une population épuisée. Les Gazaouis se concentrent sur des besoins fondamentaux tels que l’eau et la nourriture, faisant de Deir el-Balah le cœur économique de la région.
Beaucoup ressentent que le résultat des élections n’aura pas d’impact, car Israël détient le contrôle sur Gaza, y compris le pouvoir de vie et de mort. Les jeunes, qui n’ont jamais connu d’élections, se posent des questions sur le processus électoral.
Dans le camp de réfugiés de Deir El-Balah, les habitants avaient le droit de voter. Ahmad Bouhhissi, 32 ans, de la liste Al-Nahda, a obtenu le plus de voix. Cependant, les élus issus des grandes familles ont choisi un candidat tribal, Khalil Abou Samra, renforçant ainsi le pouvoir des clans.
Le processus électoral à Deir El-Balah, souvent qualifié de « mariage de la démocratie », a abouti à un résultat qui semble plutôt un enterrement de cette démocratie.
Source : GazaPress






