
J’ai compris que je n’étais pas seule à avoir peur de ressembler à ma mère
Dans son ouvrage « Pardonner à nos mères », la documentariste radio et autrice Claire Richard, âgée de 40 ans, explore les relations complexes entre les filles et leurs mères dans le contexte du patriarcat.
Richard évoque sa propre expérience, déclarant avoir grandi avec le mantra : « Je ne serai jamais comme elle ». Elle explique que, dès son jeune âge, elle a été confrontée à des difficultés relationnelles avec sa mère, un sujet qu’elle n’abordait jamais avec ses amies. Ce n’est qu’en 2019, alors qu’elle était enceinte, qu’elle a découvert le terme « matrophobie », introduit par la théoricienne féministe américaine Adrienne Rich. Ce concept décrit la peur des filles de devenir comme leur mère, exacerbée par les défis de la maternité dans une société patriarcale.
En prenant conscience qu’elle n’était pas seule dans cette quête d’éloignement de l’image maternelle, Richard a trouvé une explication politique à sa situation, ce qui a enrichi son projet d’écriture. Elle a également constaté que l’appel à témoignages pour son livre a confirmé l’existence d’une expérience partagée parmi de nombreuses femmes.
Richard souligne l’importance d’une lecture féministe pour comprendre les tensions entre générations de femmes. Elle note qu’adolescente, elle n’avait pas les outils nécessaires pour analyser sa rébellion contre sa mère. En grandissant et en s’intéressant aux théories féministes, elle a compris que le patriarcat influençait profondément leurs relations intimes.
Concernant le titre de son livre, « Pardonner à nos mères », Richard admet avoir eu des réserves. Elle explique que cette notion de pardon est souvent liée à des attentes sociétales, notamment chrétiennes, et qu’elle ne se sent pas à l’aise avec ce terme, surtout pour ceux qui ont subi des violences. Elle souhaite plutôt encourager une réflexion sur la nature de cette relation maternelle.
Richard évoque également le contexte historique dans lequel de nombreuses mères ont grandi, souvent avant la généralisation de l’avortement et dans des sociétés encore très sexistes. Elle souligne que ces mères ont hérité de structures sociales qu’elles ont parfois reproduites, souvent de manière inconsciente, pour protéger leurs filles dans un monde inégalitaire.
Enfin, elle exprime l’espoir que les relations entre filles et mères ne soient pas destinées à être toujours conflictuelles. Elle constate que de plus en plus de parents cherchent à élever leurs filles de manière plus égalitaire, bénéficiant d’outils et de ressources pour y parvenir.
Claire Richard a partagé que sa mère a lu son livre, un moment qu’elle jugeait essentiel avant la publication. Bien qu’elles n’aient pas encore discuté du contenu, elle ressent un changement positif dans leur relation depuis l’écriture du livre.
Source : Article de Claire Richard, « Pardonner à nos mères ».





