
C’est un sentiment d’injustice : en Corse, 40 ans après la catastrophe de Tchernobyl, des victimes témoignent
Quarante ans après l’accident de Tchernobyl, les conséquences du passage du nuage radioactif sur l’environnement et la santé publique se font encore sentir. En Corse, une forte augmentation des maladies thyroïdiennes a été constatée. Nos équipes ont recueilli le témoignage de victimes de la catastrophe.
Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, l’explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en Ukraine a causé le plus important accident nucléaire civil jamais constaté. Un nuage radioactif s’est libéré dans l’air et s’est propagé sur toute l’Europe, avec de lourdes conséquences à court et long terme, tant sur l’environnement que sur la santé des populations. La Corse n’est pas épargnée et devient l’une des régions françaises les plus fortement touchées.
À Olmi-Capella, le maire, Frédéric Mariani, se remémore les premiers jours suivant l’accident. À l’époque, il était pompier volontaire en Balagne. Denis Fauconnier, médecin et l’un des premiers à avoir alerté sur les dangers de la catastrophe, l’accompagnait. Mariani se souvient : « Il nous a alertés en disant qu’il fallait impérativement détruire les vêtements que nous portions ce jour-là, car le nuage était passé par là et il avait plu… Ce que nous n’avons pas fait. »
Dix ans après cette mission, Frédéric Mariani développe un cancer de la thyroïde. Il exprime son sentiment d’injustice : « On aurait pu éviter beaucoup de cancers de la thyroïde et d’autres cancers sûrement plus agressifs liés à cette catastrophe. » Cette maladie a des répercussions sur sa vie personnelle, engendrant fatigue et divers symptômes.
La famille Fauconnier est également touchée. Deux ans auparavant, leur fille Émilie a été diagnostiquée avec un cancer de la thyroïde. Au moment de Tchernobyl, elle avait huit ans et jouait dans le foin contaminé de la ferme familiale. « On a respiré cette poussière de foin, et on a appris après qu’il était contaminé », témoigne-t-elle. Aujourd’hui, elle prend un médicament à vie pour gérer sa condition.
Selon une étude italienne commandée par la Collectivité de Corse en 2013, l’île a vu son taux de cancers de la thyroïde augmenter de 28,29 % chez les hommes, un chiffre trois fois plus élevé que la moyenne nationale. En ce qui concerne les thyroïdites, l’augmentation a été de 55,33 % chez les femmes et de 78,28 % chez les hommes.
Les témoignages de Frédéric Mariani et d’Émilie Fauconnier illustrent la douleur persistante des victimes de Tchernobyl en Corse, rappelant que les conséquences de cette catastrophe continuent de marquer des vies des décennies après l’événement.
Source : France Télévisions





