
Il serait temps de réfléchir à la mise en place d’une différenciation entre le coût du capital pour le vert et pour le brun
La démission prématurée annoncée de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, confère au président de la République l’opportunité singulière de nommer son successeur. Vu l’importance de l’institution, un tel privilège de nomination ne saurait s’accommoder d’une logique de fin de règne. Elle exige une réflexion lucide de l’évolution du rôle de la banque centrale face aux enjeux de souveraineté énergétique, géopolitique et numérique.
Récemment, Frank Elderson, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a souligné dans une tribune que les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz confirment une réalité déjà vécue en 2022 : la stabilité des prix dépend fortement de notre dépendance aux énergies fossiles. Face à cette « fossilflation », la BCE se trouve face à un dilemme : si elle augmente les taux, cela pourrait sacrifier la croissance et ralentir les investissements nécessaires à la transition. À l’inverse, si elle ne bouge pas, la BCE risque de perdre sa crédibilité.
De nouvelles réponses doivent être imaginées pour dépasser ce dilemme. Dans la lignée du discours du président de la République à la COP28 de Dubaï, il serait pertinent de réfléchir à une différenciation entre le coût du capital pour le « vert » et pour le « brun ». Les outils de politiques monétaires et prudentielles pourraient être redéployés pour inciter les prêts bancaires dans la rénovation et l’électrification, dont la massification contribuerait à réduire les pressions inflationnistes liées aux prix de l’énergie.
Sous l’impulsion de François Villeroy de Galhau, la Banque de France a su s’imposer comme un leader sur les enjeux climatiques. Ce bilan est un acquis précieux, salué par des organisations non gouvernementales environnementales et par un rapport de l’Assemblée nationale. Toutefois, compte tenu des menaces géopolitiques, la situation exige une réponse plus proactive sur l’énergie, dépassant le simple accompagnement du secteur financier dans la prise en compte des risques climatiques.
Source : Le Monde






