
Accidents de la circulation : « Cessons de donner la priorité à la mobilité rapide »
Plusieurs accidents graves de la circulation ont eu lieu sur le campus universitaire du plateau de Saclay, en construction. Le plus récent, survenu en avril dernier, a coûté la vie à un étudiant de 21 ans, Samuel Coriat, percuté par un bus alors qu’il sortait de la bibliothèque Lumen. Ces incidents soulèvent une question cruciale : comment concilier zones piétonnes et zones de circulation rapide ?
Le campus du plateau de Saclay, situé dans les départements de l’Essonne et des Yvelines, s’étend sur plus de 500 hectares et regroupe des pôles de recherche et d’enseignement supérieur, notamment l’université Paris-Saclay et l’Institut polytechnique de Paris. Sa conception a été le fruit d’un ambitieux concours international d’idées lancé en 2006, qui a généré 26 propositions d’urbanisme durable.
Un conflit entre deux imaginaires
Un élément essentiel a été négligé dans l’aménagement : la coexistence pacifique entre les zones de circulation rapide et les espaces piétonniers. Chacune de ces zones a été conçue selon des logiques exclusives, entraînant un conflit entre une vision axée sur la vitesse et une autre qui privilégie la convivialité.
Les récents accidents, survenus le long de l’avenue des Sciences, illustrent ce paradoxe. Cet axe majeur, rectiligne et fréquenté par les véhicules, comprend une voie dédiée aux transports en commun, deux voies de circulation générale, deux trottoirs et une piste cyclable inadaptée.
Un autre accident grave avait déjà eu lieu sur le même axe en avril 2024, lorsqu’un piéton d’une trentaine d’années a été renversé par un automobiliste. Ces incidents soulèvent la question de la sécurité des piétons dans un espace qui semblait pourtant conçu pour leur protection.
La nécessité d’une révision des aménagements
La Région Île-de-France a récemment ordonné un audit de sécurité flash du campus. Cet audit vise à examiner la pertinence et la visibilité des passages piétons, à étudier les flux de circulation et à évaluer l’efficacité des dispositifs de régulation. Il est crucial qu’il préconise une séparation nette entre le trafic local et le transit, afin de protéger les usagers les plus vulnérables.
Les statistiques montrent que 98 % des piétons décédés sur la route l’ont été à cause de modes de transport motorisés. Cela souligne l’urgence d’adopter des mesures de sécurité plus strictes. Des initiatives, comme celles mises en œuvre dans des villes telles qu’Helsinki, visent à réduire les accidents à zéro en adoptant une approche de « Vision Zéro », qui priorise la sécurité des usagers les plus fragiles.
En conclusion, le campus de Paris-Saclay doit réévaluer ses choix d’aménagement pour garantir un environnement sûr et accessible à tous, en mettant fin à la priorité accordée à la mobilité rapide au détriment de la sécurité des piétons et cyclistes.
Source : Le Parisien, 30 avril 2026.




