À l’école, des parents américains s’organisent pour limiter le temps d’écran
La contestation ne vise pas nécessairement à bannir toute technologie des classes. À Evanston, dans l’Illinois, des parents demandent surtout que les tablettes aient un usage pédagogique explicite et mieux encadré. Leur mobilisation locale s’inscrit dans un débat plus large aux États-Unis : quelle place accorder aux écrans à l’école, quand les appareils peuvent servir à apprendre comme détourner l’attention ?
Une tablette utilisée autrement que prévu
Miriam Kendall a commencé à s’inquiéter après avoir consulté l’historique de la tablette scolaire de sa fille. Alors en début d’école élémentaire, celle-ci avait passé deux heures à regarder des vidéos de Taylor Swift pendant la journée de classe, rapporte le Christian Science Monitor. Kendall s’est alors demandé quelles règles encadraient l’usage de l’appareil et si l’école pouvait en vérifier les usages.
La mère a rejoint d’autres familles préoccupées et fondé Screen Sense Evanston, un collectif qui milite pour une utilisation plus limitée et mieux définie des écrans à l’école. La pétition lancée par le groupe en 2025 a recueilli plus de 1 400 signatures dans le district scolaire d’Evanston et de Skokie, qui accueille environ 6 000 élèves, selon le journal américain.
Le collectif ne réclame pas seulement moins de temps devant les écrans. Sur son site, il propose notamment de réserver des périodes sans tablette aux récréations en intérieur, de fixer des recommandations de durée par niveau scolaire et de privilégier, lorsque c’est possible, des supports non numériques. Il demande aussi que les familles puissent choisir si l’appareil scolaire est emporté à la maison. Le groupe précise que ses demandes ne concernent pas les élèves qui ont besoin d’un appareil comme outil d’assistance.
La question du cadre, pas seulement celle de l’écran
Cette distinction est importante : un écran utilisé pour un exercice guidé n’a pas le même rôle qu’une application de divertissement ouverte pendant un temps de classe. L’enjeu soulevé par les parents porte donc aussi sur le contrôle des applications, la durée d’utilisation et la transparence des règles. Dans le cas raconté par Kendall, l’historique de navigation a rendu visible un usage qui, autrement, aurait pu passer inaperçu.
La contestation survient alors que les appareils individuels sont largement installés dans les écoles américaines. Pour l’année scolaire 2024-2025, 88 % des écoles publiques déclaraient proposer un appareil fourni par l’établissement à chaque élève, selon le National Center for Education Statistics. Ce chiffre décrit l’accès aux équipements, et non le temps passé devant un écran ni la qualité de leur usage.
Le débat ne se réduit donc pas à un choix entre modernité et retour au papier. Les outils numériques peuvent répondre à des besoins pédagogiques ou d’accessibilité ; les parents de Screen Sense Evanston veulent que leur présence soit justifiée et limitée aux situations où elle apporte quelque chose. Le ministère américain de l’Éducation a lui aussi publié, le 20 août 2026, des recommandations appelant les établissements à examiner la valeur pédagogique des technologies, leur mise en œuvre et le temps d’écran qu’elles impliquent.
Une mobilisation qui demande des règles lisibles
Le récit de Kendall part d’une expérience familiale, mais la revendication dépasse le cas d’une vidéo visionnée en classe. Pour les parents mobilisés, les règles domestiques ne suffisent pas si les appareils remis par l’école ouvrent un autre accès aux contenus numériques. Leur action cherche ainsi à faire entrer les usages concrets des tablettes dans la discussion scolaire : que peuvent faire les élèves, pendant combien de temps, et comment les familles en sont-elles informées ?
La question posée n’est pas de savoir si une tablette est, en soi, bonne ou mauvaise pour apprendre. Elle est de demander à l’école d’expliquer pourquoi elle l’utilise, à quel moment et avec quels garde-fous. Dans cette controverse, la déconnexion n’est pas forcément un refus de la technologie : elle devient une demande de choix, de me et de règles compréhensibles.
Source principale : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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Sources complémentaires
- The Christian Science Monitor, reportage sur la mobilisation des parents
- Screen Sense Evanston, présentation du collectif et de ses demandes
- National Center for Education Statistics, données sur les appareils dans les écoles publiques
- U.S. Department of Education, recommandations sur l’usage des technologies éducatives, 20 août 2026
