
À l’abordage de la Suisse alémanique : Les 5 du Vin
Pierre Thomas évoque quelques subtilités du marché suisse du vin… pour les producteurs suisses eux-mêmes.
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Le vignoble suisse, comme d’autres secteurs, traverse une crise persistante. Récemment, la coopérative Provins a célébré les vingt ans d’une collection de vins, inspirée par l’œnologue de l’époque, Madeleine Gay, et par Chandra Kurth, une des premières influenceuses du milieu. Cet événement souligne des réalités essentielles du marché viticole suisse.
La Suisse en circuit fermé
En moyenne, la Suisse produit environ 90 millions de litres de vin par an, dont seulement 2 % est exporté. Le pays partage ses frontières avec des nations viticoles telles que l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche et le Liechtenstein. Une particularité du marché suisse est que 80 % des vins proviennent de la région francophone, tandis que 80 % de la clientèle potentielle se trouve dans la région germanophone. Ce décalage est illustré par la citation de l’ancien ministre Jean-Pascal Delamuraz : « Les Suisses s’entendent parce qu’ils ne se comprennent pas. »
Changer l’image du vin valaisan
Thomas Dürlewanger, ancien chef des achats d’une chaîne de magasins, a joué un rôle clé dans la diffusion des vins valaisans. Il souligne que, par le passé, le vin valaisan était perçu négativement en Suisse alémanique, souvent associé à des produits de moindre qualité. Cependant, des cépages comme la petite arvine et l’humagne blanche ont réussi à s’imposer sur le marché. La collection de Chandra Kurth a contribué à améliorer l’image des vins suisses.
Cette collection propose divers cépages, dont un fendant à moins de 17 euros et quatre rouges, vendus autour de 20 euros. Un rosé, fruit d’un assemblage de gamaret et de garanoir, est également proposé à 15 euros.
Peu d’effet Fenaco outre-Sarine
La transformation de Provins en société anonyme, majoritairement détenue par le groupe Fenaco, avait suscité des espoirs quant à l’exportabilité des vins valaisans. Cependant, la société a récemment annoncé un déficit de 6 millions de francs suisses pour 2025, avec des pertes cumulées de 26 millions de francs.
Dès 2027, Provins ne prendra plus en charge les raisins de vignes situées sur des terrains à bâtir, soit environ quarante hectares. Cela soulève des questions sur l’avenir de ces terrains, qui ne bénéficient pas de l’aide financière fédérale.
Des vins suisses « condamnés au moyen de gamme »
Michel Charbonnet, directeur général de Provins, note que la culture patriotique du vin est absente en Suisse alémanique, ce qui limite l’acceptation des vins suisses. Il plaide pour une réduction de la production et une professionnalisation du travail viticole, face à une consommation en déclin. En 2025, la part de vin indigène en Suisse a atteint 37,5 %, mais la consommation a diminué de 3,3 %. Sans signes de reprise, cette tendance pourrait se poursuivre.
Source : Les 5 du Vin





