Endométriose : repérer et orienter les femmes, cette folle audace législative (unsa.org)
Endométriose : soigner les femmes, pas les courbes de natalité
Le fait qui dérange
Le 15 septembre 2026, Christophe Naegelen a déposé la proposition de loi n° 3131 pour organiser le repérage et l’orientation des femmes présentant des symptômes évocateurs d’endométriose. Le dossier parlementaire consulté fait état d’un renvoi à la commission des affaires sociales, pas d’une adoption. Une proposition, donc. Pas encore un rendez-vous médical. (assemblee-nationale.fr)
Le point embarrassant se trouve dans l’argumentaire : le député rapproche l’augmentation supposée des femmes touchées et la baisse de la natalité. Il avance qu’un « lien de causalité pourrait donc être établi ». Le conditionnel est prudent. Le « donc », beaucoup moins. (assemblee-nationale.fr)
Ce que Christophe Naegelen propose
Précision indispensable : Christophe Naegelen préside le groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, pas le RN. Lui coller une autre étiquette pour faciliter la charge serait remplacer le décryptage par le déguisement. (assemblee-nationale.fr)
Le dispositif prévoit des invitations périodiques de l’Assurance maladie à consulter en présence de symptômes, puis l’accès aux examens recommandés par la Haute Autorité de santé. Âges concernés, périodicité et remboursement sont renvoyés à des décrets. Aucun budget chiffré : l’article 3 prévoit une compensation par la fiscalité du tabac. (assemblee-nationale.fr)
Notre critère d’évaluation sera simple : combien de diagnostics plus rapides, pour quelles patientes, avec quels professionnels disponibles ? Une invitation n’est pas une consultation. Et un décret n’est pas un gynécologue.
Ce que disent les faits
L’urgence sanitaire n’est pas inventée. L’exposé évoque près de 190 millions de femmes concernées dans le monde et près de 2,5 millions en France. (assemblee-nationale.fr) L’Institut pour la recherche en santé publique documente des délais diagnostiques moyens de 7 à 12 ans selon les études et rapporte un coût économique et sociétal de 10 milliards d’euros par an en France. Ce dernier montant n’est pas une facture exclusivement supportée par les finances publiques. (iresp.net)
Le retentissement sur la fertilité est également réel. L’Assurance maladie indique qu’environ 30 à 40 % des femmes atteintes présentent une infertilité. Elle mentionne des chances de conception de 2 à 10 % par cycle, contre 25 à 30 % chez les couples fertiles. Elle rappelle aussi qu’une grossesse spontanée reste possible, y compris lorsque les douleurs sont importantes. Infertilité ne signifie pas stérilité systématique. (ameli.fr)
Mais passer de ces données médicales à l’explication d’une baisse nationale des naissances exige une démonstration supplémentaire. Quelle évolution réelle de la maladie ? Quelle contribution aux naissances non survenues ? Quels autres facteurs pris en compte ? Une juxtaposition de chiffres ne répond à aucune de ces questions.
La publication de l’IReSP apporte justement une douche froide méthodologique : elle rapporte une revue de 62 études n’ayant pas observé d’évolution de la prévalence, tandis que 6 études sur l’incidence donnaient des résultats divergents. Les auteurs soulignent l’hétérogénéité des travaux. Cela ne prouve pas que la maladie n’augmente pas. Cela interdit de traiter cette augmentation comme une évidence commode. (iresp.net)
Sur la démographie, reconnaissons ce qui est exact. L’Insee établit bien un solde naturel négatif en 2025 : 645 000 naissances, 651 000 décès, soit −6 000. Mais la population atteint néanmoins 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026, en hausse de 0,25 %. Solde naturel et évolution de la population ne sont pas synonymes. (insee.fr)
Quant à 2037, date présentée dans l’exposé comme le début d’un déclin démographique, elle correspond au scénario central publié par l’Insee le 8 juin 2026. Ce scénario dépend d’hypothèses de fécondité, de mortalité et de migration. C’est une projection conditionnelle, pas un rendez-vous irrévocable avec le destin. Le conditionnel statistique mérite mieux qu’une disparition au montage politique. (assemblee-nationale.fr)
Le grand écart
Autre comparaison instructive : le gouvernement annonçait, le 1er août 2022, la constitution de toutes les filières endométriose avant fin 2023, avec 4,5 millions d’euros annuels pour leur déploiement et leur animation territoriale. (sante.gouv.fr)
Le 31 mars 2025, son bilan affichait 100 % des régions engagées, mais seulement 5 régions ayant finalisé leur organisation. Les formulations ne ment pas exactement la même étape. Elles révèlent néanmoins la distance entre entrer dans le processus et achever l’organisation. Dans la communication ministérielle, le départ mérite parfois les applaudissements de l’arrivée. (sante.gouv.fr)
Il serait faux d’en déduire que rien n’a été fait. Le même bilan mentionnait 154 espaces vie affective, relationnelle et sexuelle susceptibles de participer au repérage et à l’orientation. Ce constat daté ne décrit pas, à lui seul, toute la situation de septembre 2026. (sante.gouv.fr)
Notre analyse : un programme supplémentaire peut être utile. Mais son intérêt devra se mer à ce qu’il améliore dans les parcours existants, pas à la solennité de son intitulé. Et la lutte contre l’endométriose n’a pas besoin d’un raccourci démographique pour devenir légitime.
Ce qu’il faut retenir
Réduire l’errance diagnostique mérite mieux qu’un procès d’intention. Cela mérite aussi mieux qu’un raisonnement causal laissé sans démonstration.
Les femmes doivent pouvoir être soignées parce qu’elles souffrent. Pas parce que la courbe des naissances souffre avec elles.
Sources
- Assemblée nationale : proposition de loi n° 3131, exposé des motifs, articles et dossier législatif, dépôt du 15 septembre 2026. (assemblee-nationale.fr)
- Assemblée nationale : fonctions parlementaires de Christophe Naegelen. (assemblee-nationale.fr)
- IReSP : Endométriose : état des connaissances épidémiologiques, 2024. (iresp.net)
- Assurance maladie : Désir de grossesse et endométriose. (ameli.fr)
- Insee : Bilan démographique 2025, 13 janvier 2026 ; Projections de population à l’horizon 2070, 8 juin 2026. (insee.fr)
- Ministère de la Santé : communiqués sur les filières endométriose du 1er août 2022 et sur le bilan de la stratégie du 31 mars 2025. (sante.gouv.fr)
