La dégradation des conditions d’existence des immigrés entraîne des situations d’esclavage
La dégradation des conditions d’existence des immigrés favorise les situations d’esclavage
La sociologue Alizée Delpierre a récemment publié un ouvrage intitulé Comme des esclaves (La Découverte, 2026), dans lequel elle explore les réalités de l’esclavage moderne en France. Son enquête repose sur l’analyse des dossiers du Comité contre l’esclavage moderne, qui a accompagné les victimes et interrogé des exploitants pour mieux comprendre les dynamiques de cette problématique.
Delpierre souligne que les victimes de la traite par le travail sont majoritairement des immigrés en situation irrégulière. Elle met également en lumière la responsabilité de l’État dans la précarisation de ces populations. En France, l’esclavage moderne se manifeste par des formes de xploitation, où les travailleurs peuvent être contraints à des heures de travail allant jusqu’à 20 heures par jour, souvent sans rémunération ou avec des salaires très faibles.
L’ouvrage s’appuie sur un corpus riche, comprenant des entretiens avec des victimes et des exploitants, ainsi que l’analyse de 900 dossiers d’archives. Les résultats montrent que plusieurs centaines à quelques milliers de personnes se trouvent en situation d’esclavage en France, mais ces chiffres sont probablement sous-estimés, car ils ne concernent que ceux qui ont réussi à sortir de la xploitation.
Les conditions de vie des immigrés, notamment leur statut irrégulier, les poussent à accepter des situations inacceptables. Environ 60 % des victimes partagent la même nationalité que leurs exploitants, ce qui souligne l’importance des réseaux d’interconnaissance dans le processus d’exploitation.
La dégradation des droits des immigrés en France, exacerbée par des lois restrictives, a contribué à l’augmentation des cas de xploitation. Delpierre note que la situation est particulièrement préoccupante, car les personnes sans papiers sont souvent amenées à accepter des conditions de travail dégradantes, parfois sous la menace de violence physique.
Les femmes représentent une part significative des exploitants, notamment dans le secteur domestique, et il est noté que 50 % des cas d’exploitation impliquent des femmes exploitant d’autres femmes. Ce phénomène est accentué par une dynamique de confiance entre immigrés partageant le même bagage culturel.
La sociologue conclut en affirmant que les sciences sociales jouent un rôle essentiel dans la compréhension de ces inégalités et dans l’élaboration de solutions pour un avenir meilleur. Son ouvrage appelle à une prise de conscience collective et à des actions concrètes pour lutter contre ces formes modernes d’esclavage.
Source : Alizée Delpierre, Comme des esclaves (La Découverte, 2026)
