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Sciences sociales

En Ukraine, les chercheurs documentent les dégâts de la guerre sur les sols et l’agriculture

La guerre en Ukraine détruit des infrastructures et bouleverse les activités humaines, mais elle laisse aussi des traces durables dans l’air et les sols. Des chercheurs ukrainiens tentent de les mesurer malgré les frappes, les coupures d’électricité et les difficultés d’accès au terrain. Leurs observations montrent un paradoxe : dans certaines villes, la pollution de l’air a diminué, tandis que les terres agricoles et les zones proches du front subissent de fortes pressions.

Beautiful sunset over a fishing pier in Les Moutiers-en-Retz, France.
Damien Dufour · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Ce que montrent les mesures sur la qualité de l’air

Paris comique sous le second Empire.png
Own work · CC0 · Source : commons.wikimedia.org

Une étude publiée en 2025 par Kseniia Bondar et ses collègues compare des particules recueillies sur des filtres dans trois villes situées à moins de 40 kilomètres de la ligne de front : Kharkiv, Zaporijia et Kherson. Les chercheurs ont examiné des échantillons de janvier 2016 à décembre 2018, puis d’août 2023 à février 2025, en mesurant notamment des métaux lourds et la susceptibilité magnétique, un indicateur qui peut aider à repérer des particules contenant des oxydes de fer.

Dans les trois villes, les mesures indiquent une baisse générale de certains marqueurs de pollution entre les deux périodes. Les auteurs relient notamment la chute observée à Kharkiv à la destruction d’installations industrielles et, à Kherson, à la forte diminution du trafic après le départ d’une grande partie de la population. À Zaporijia, où l’activité métallurgique s’est poursuivie, la présence de composés magnétiques dans l’air est restée élevée. Ces résultats décrivent des changements locaux : ils ne signifient pas que la guerre a rendu l’environnement plus sain dans son ensemble. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)

La baisse de certaines émissions urbaines coexiste avec d’autres risques. Le CNRS rapporte des hausses de dioxyde d’azote dans des secteurs de l’est et du nord-est, ainsi que de dioxyde de carbone au-dessus d’incendies près du front. Autrement dit, les sources de pollution se déplacent et varient avec les combats, les destructions, les incendies et les changements d’activité.

Des sols fragilisés, jusque dans les zones agricoles

Les effets sur les sols prennent plusieurs formes. Les passages répétés de véhicules militaires peuvent les compacter, ce qui perturbe leur structure et peut limiter la circulation de l’eau et le développement des plantes. Les explosions dispersent des fragments de munitions et des résidus susceptibles de contaminer les terres. Ces dommages sont particulièrement préoccupants dans l’est et le sud, où se trouvent des sols très fertiles, mais où la sécheresse et le manque de précipitations constituent déjà des facteurs de vulnérabilité. Le risque de dégradation durable est donc à prendre au sérieux, sans que chaque zone touchée puisse pour autant être assimilée à un territoire condamné à la désertification. (lejournal.cnrs.fr)

La recherche elle-même doit s’adapter. Les coupures d’électricité compliquent la conservation des prélèvements et certaines analyses ne peuvent plus être menées sur place. Des échantillons sont envoyés à des laboratoires partenaires à l’étranger, et des mesures magnétiques viennent compléter les méthodes habituelles. Cette adaptation permet de poursuivre les observations, mais elle rappelle aussi les contraintes matérielles et sécuritaires qui pèsent sur leur collecte.

Agriculture : des modèles inégalement exposés

L’enjeu dépasse la seule qualité des sols : l’agriculture fait vivre des millions de personnes et contribue à l’approvisionnement alimentaire du pays. Un rapport publié en 2023 par Natalia Mamonova, Olena Borodina et Brian Kuns situe le contexte d’avant-guerre : en 2021, l’agriculture représentait 17 % de l’emploi ukrainien. Les auteurs décrivent aussi un secteur partagé entre de grandes entreprises tournées vers l’exportation et de petites exploitations familiales ou ménages ruraux, davantage liés aux marchés locaux. Selon leur analyse, les exploitations exportatrices ont été particulièrement vulnérables aux destructions d’infrastructures, aux blocages logistiques et aux ruptures d’approvisionnement. (tni.org)

Les petites structures ne sont pas épargnées : elles peuvent elles aussi perdre des terres, des équipements ou des récoltes. Mais certaines ont pu continuer à produire grâce à une main-d’œuvre locale, à des semences disponibles sur place et à la vente sur les marchés de proximité. Ce contraste ne suffit pas à conclure que les petites fermes résistent toujours mieux : les expériences varient selon la région, l’accès aux ressources et le niveau de danger.

Ce que l’on peut conclure — et ce qui reste incertain

Les études disponibles documentent des effets précis, mais elles ne fournissent pas encore un bilan exhaustif de toutes les atteintes environnementales en Ukraine. Les mesures de l’air portent sur trois villes et des périodes déterminées ; les résultats ne peuvent pas être extrapolés à l’ensemble du pays. Sur les sols, l’accès dangereux à certaines zones complique les prélèvements, tandis que l’ampleur et la durée des contaminations doivent être établies au cas par cas.

Documenter les dommages sert donc à la fois à comprendre ce qui se passe et à préparer d’éventuelles actions de dépollution et de restauration. Mais l’évaluation complète dépendra de la possibilité d’accéder aux territoires, de la répétition des mesures et de la poursuite des recherches dans des conditions de sécurité acceptables.


Source : CNRS le Journal thématique : Sociétés

Article original : Consulter la source originale

Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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