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Sciences sociales

L’essai de Franck Lirzin fait de l’adaptation climatique un projet de société

Dans Habiter un monde qui brûle, paru en avril 2026, Franck Lirzin défend une idée centrale : face aux risques climatiques, il ne suffit plus de prévenir les crises, il faut organiser la vie collective dans un climat qui change. Son essai propose des principes pour guider l’adaptation, tout en posant une question politique décisive : qui sera protégé, et qui supportera les coûts des choix effectués ? (nouveautes-editeurs.bnf.fr)

Elegant view of the Invalides building through lush trees in Paris, France.
Zacharie Elbaz · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

De la crise exceptionnelle au risque à organiser

Spanish warning sign by rocky coast with crashing waves under clear skies.
Selene Madera · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Le livre s’ouvre sur une scène située au 15 juillet 2050, imaginée comme un avenir de chaleur extrême et de tensions autour de l’eau. Ce récit est un scénario prospectif, pas une prévision de ce qui arrivera à cette date. Il sert à rendre visibles les effets en chaîne qu’un choc climatique pourrait avoir sur l’économie et les relations sociales.

Le contexte politique, lui, est bien réel. En France, la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) a été mise en consultation en 2023, puis choisie comme cadre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, publié le 10 mars 2025. Elle retient, pour la France métropolitaine, des niveaux de réchauffement de +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Ces niveaux constituent une référence de planification, non une prédiction certaine du climat futur. La trajectoire a été inscrite dans le Code de l’environnement par un décret du 23 janvier 2026, entré en vigueur le 26 janvier. (ecologie.gouv.fr)

Cette distinction compte : anticiper un niveau de réchauffement pour dimensionner des infrastructures ne signifie pas que chaque conséquence locale est connue d’avance. La démarche consiste à préparer les territoires à des risques plus élevés, tout en reconnaissant les incertitudes sur leur intensité, leur calendrier et leurs effets combinés.

Une stratégie plutôt qu’une liste de solutions

Pour sortir de réponses dispersées, Lirzin avance quatre repères. « One Climate, One Risk » invite à considérer ensemble des phénomènes souvent traités séparément : chaleur, sécheresse, eau, santé ou réseaux de transport. Le « minimax » propose, en situation d’incertitude, de limiter les conséquences du scénario le plus dommageable plutôt que de choisir une solution uniquement selon un bénéfice moyen attendu. La « biogouvernance » appelle à concevoir les réponses avec les écosystèmes et à l’échelle des territoires. Enfin, une adaptation « positive » devrait améliorer l’état des milieux, plutôt que simplement éviter de leur nuire.

Ces idées se traduisent par des choix concrets. À Paris, l’auteur envisage de combiner des réseaux de froid urbains — qui mutualisent la production de fraîcheur — et la renaturation. L’enjeu n’est pas de choisir entre technologie et nature, mais de déterminer comment elles peuvent se compléter selon les lieux. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne lui aussi que l’efficacité de l’adaptation dépend de réponses coordonnées et adaptées au contexte. Il avertit qu’une action pensée à court terme ou dans un seul secteur peut accroître les risques à long terme ou renforcer les inégalités. (ipcc.ch)

Une protection qui dépend aussi des liens sociaux

L’adaptation ne se résume pas aux bâtiments, aux arbres ou aux équipements. La canicule de Chicago, en juillet 1995, en donne un exemple souvent étudié. Une enquête publiée dans le New England Journal of Medicine, fondée sur des entretiens avec des proches ou des connaissances de personnes décédées et de témoins, a associé un risque accru de décès à l’isolement social, à certaines maladies et à l’absence de climatisation. Comme le notent les auteurs, le recours à des proches interrogés pouvait toutefois laisser de côté des personnes très isolées. Les résultats décrivent des associations dans cette enquête, et non une explication unique de chaque décès. (nejm.org)

Cette dimension sociale éclaire la question posée par le livre : protéger un quartier contre la chaleur, défendre un littoral ou installer des équipements impose des arbitrages. Les bénéfices ne sont pas nécessairement répartis de manière égale. Les travaux du GIEC rappellent que les politiques d’adaptation peuvent aggraver des inégalités si elles ne prennent pas en compte les groupes exposés et leurs besoins. (ipcc.ch)

Les limites des principes

Un cadre stratégique ne dit pas à lui seul qui doit décider, quels dommages doivent être prioritaires ni comment financer la protection. Le « minimax », par exemple, aide à raisonner face au pire scénario, mais ne détermine pas qui doit être protégé en premier. La question de l’assurance des zones exposées, du coût des catastrophes et de leur partage entre habitants, collectivités et générations reste donc entière.

L’intérêt de l’essai, tel que le présente Futuribles, est de déplacer le débat : l’adaptation n’est pas seulement un ensemble de travaux techniques, mais un projet collectif dont les choix redistribuent protection et vulnérabilité. Elle ne supprime pas tous les dommages et ne remplace pas la réduction des émissions. Elle oblige plutôt à rendre les décisions explicites, à mesurer leurs effets sociaux et écologiques, et à réviser les réponses lorsque le contexte évolue.


Source : Futuribles

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Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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