Comment l’élevage pastoral peut-il se développer quand les pâturages, l’eau et les itinéraires de déplacement sont soumis à des pressions croissantes ? Paru le 23 juillet 2026, l’ouvrage collectif Pasteurs et agropasteurs du Tchad face aux changements examine ces recompositions dans les territoires sahéliens et soudaniens. Il met en relation la croissance des troupeaux avec les transformations des pratiques, les changements environnementaux et les règles d’accès aux ressources.

Un cheptel important, mais des chiffres à lire avec précaution

Le résumé de l’ouvrage présente le Tchad comme le deuxième pays d’Afrique pour la taille de son troupeau de ruminants. Un recensement national publié en 2018 par le ministère tchadien de l’Élevage et la FAO faisait état de 93,8 millions d’« unités de bétail » et de 34,6 millions de volailles. Les ruminants — caprins, ovins, bovins et camelins — formaient les principales catégories du cheptel. Ces unités de bétail ne correspondent toutefois pas à un simple décompte de têtes : il s’agit d’une mesure agrégée. Et ces résultats, issus du recensement de l’élevage, ne suffisent pas à confirmer à eux seuls le classement des pays selon le nombre de ruminants. La FAO précise les résultats du recensement publié en 2018.
L’enjeu ne se limite pas à la taille du cheptel. Le pastoralisme repose sur la capacité à faire circuler les animaux vers les ressources disponibles selon les saisons. Cette mobilité est une réponse à la variabilité des milieux, et non un déplacement sans organisation. La FAO souligne que l’accès aux pâturages, à l’eau et aux couloirs de transhumance est essentiel aux moyens de subsistance des familles pastorales. Sa note de politique sur le pastoralisme au Tchad décrit aussi la contribution de l’élevage à l’alimentation et aux revenus, notamment par la consommation familiale et la vente de produits animaux.
Quand les territoires et les itinéraires changent
Le livre décrit plusieurs facteurs qui se combinent : extension des terres cultivées, irrégularité du climat, insécurité et transformation des écosystèmes. Ils peuvent modifier les lieux où les troupeaux trouvent de l’eau et du fourrage, ainsi que les périodes et les itinéraires de déplacement. Les éleveurs adaptent alors la composition ou l’organisation des troupeaux et leurs mouvements saisonniers. Le résumé présente ces évolutions comme des recompositions territoriales ; il ne fournit pas, à lui seul, de mesure permettant d’isoler l’effet de chaque facteur.
Une enquête de terrain et un programme de la FAO rapportés en 2020 illustrent ces difficultés dans les zones frontalières avec la République centrafricaine : l’insécurité et les sécheresses récurrentes perturbaient certains déplacements saisonniers, conduisant des pasteurs à rechercher des pâturages et de l’eau plus loin à l’intérieur du Tchad. La FAO signalait aussi des tensions entre agriculteurs et éleveurs dans ces zones. Cet exemple documente un contexte particulier ; il ne décrit pas uniformément toutes les régions ni toutes les transhumances du pays. La FAO détaille ce programme de dialogue et de gestion transfrontalière.
Des enjeux qui concernent plusieurs groupes
Pasteurs et agropasteurs sont directement concernés, mais les changements touchent aussi les agriculteurs, les autorités locales et les communautés des zones d’accueil. L’accès à une piste, à un point d’eau ou à un pâturage peut dépendre de règles locales et d’accords entre groupes. Lorsque les parcours se réduisent ou que les mouvements changent, la coordination devient plus importante : une difficulté de circulation peut peser sur les activités d’élevage et alimenter des désaccords sur l’usage des terres.
Publié chez Karthala, le volume de 472 pages, signé Guillaume Duteurtre, Koffi Alinon et Koussou Mian-Oudanang, entend faire le point sur les connaissances disponibles et discuter des implications pour l’aménagement, les politiques publiques et les projets de développement. Il s’agit donc d’un ouvrage de synthèse et d’analyse, non d’un nouveau recensement national. La notice bibliographique de la Bibliothèque nationale de France en confirme les auteurs, la date de parution et le résumé. Consulter la notice de la BnF.
Ce que l’on peut conclure — et ce qui reste incertain
Les éléments disponibles montrent que l’élevage pastoral tchadien ne peut être compris sans tenir compte des mobilités, des changements environnementaux et des règles d’accès aux ressources. Ils ne permettent pas de chiffrer ici l’évolution récente des troupeaux ni de mesurer la part respective du climat, de l’expansion agricole ou de l’insécurité dans les transformations décrites. Le recensement cité date de 2018 et le résumé du livre ne donne pas de méthode détaillée ni de résultats quantifiés. La conclusion raisonnable est donc que les territoires et les pratiques évoluent sous l’effet de pressions multiples, mais que leur ampleur varie selon les lieux et demande des données actualisées.
Source : Anthropologie (all) | Cairn.info
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