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Sciences sociales

Pompiers : Romain Pudal décrit un système de travail marqué par l’épuisement

Le 29 septembre 2026, des sapeurs-pompiers professionnels ont manifesté à Paris, dans le cadre d’un mouvement de grève engagé depuis plusieurs semaines. Ils réclament notamment des recrutements, des moyens supplémentaires et une modernisation de la sécurité civile. Pour le sociologue et ancien pompier Romain Pudal, cette mobilisation rend visible une tension plus profonde : un système qui repose largement sur le volontariat et sur l’engagement des équipes, alors que les missions de secours sont nombreuses et exigeantes.

A classic Citroën fire truck displayed outdoors, capturing French firefighting history.
Jude Mitchell-Hedges · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Une activité dominée par le secours aux personnes

Lifeguards overlooking the serene Étretat beach on a sunny day in Normandy, France.
Jan van der Wolf · Pexels · Pexels License · Pexels License · Source : pexels.com

Les dernières statistiques nationales disponibles au moment de la mobilisation portent sur l’année 2024. Selon la Direction générale de la Sécurité civile et de la Gestion des crises, les services d’incendie et de secours ont réalisé près de 4,75 millions d’interventions cette année-là. Environ 4,12 millions concernaient le secours d’urgence aux personnes, soit la grande majorité de l’activité. Les incendies représentaient près de 235 000 interventions.

Ces chiffres décrivent le volume et la nature des interventions ; ils ne mesurent pas, à eux seuls, la fatigue ou la santé psychologique des équipes. Ils permettent toutefois de comprendre pourquoi les pompiers ne sont pas sollicités uniquement lors de grands incendies ou de catastrophes. Le secours aux personnes constitue une part essentielle de leur travail quotidien.

La répartition des effectifs éclaire également le fonctionnement du modèle français. Au 31 décembre 2024, la France comptait 256 400 sapeurs-pompiers : 44 000 professionnels, 198 900 volontaires et 13 500 militaires. Les volontaires représentaient ainsi près de huit pompiers sur dix. Ces données nationales ne disent pas comment les effectifs sont répartis entre les territoires ni si chaque caserne dispose des ressources nécessaires à chaque moment.

Un modèle qui interroge la disponibilité et la reconnaissance

Les sapeurs-pompiers volontaires exercent généralement une autre activité et doivent rendre une partie de leur temps disponible pour répondre aux besoins de leur centre de secours. Leur engagement est donc indispensable au fonctionnement du dispositif, mais il ne se confond pas avec l’emploi d’un pompier professionnel. Cette organisation soulève des questions concrètes : comment concilier interventions, emploi principal et vie personnelle ? Comment garantir une présence suffisante dans les casernes, notamment lorsque les sollicitations se multiplient ?

Romain Pudal, directeur de recherche au CNRS et auteur de Retour de flamme. Les pompiers, des héros fatigués ?, analyse la colère professionnelle comme le signe d’une tension durable, et non comme une simple réaction à un épisode isolé. C’est une interprétation sociologique, nourrie par son expérience passée de pompier ; elle ne constitue pas en elle-même une mesure statistique de l’épuisement dans la profession.

La mobilisation traduit aussi un désaccord sur les réponses à apporter. Les syndicats demandent davantage de recrutements et de moyens, ainsi qu’une loi de modernisation de la sécurité civile. Ce sont des revendications syndicales : elles ne doivent pas être confondues avec des mesures déjà adoptées. Le ministère de l’Intérieur a, de son côté, mené le Beauvau de la sécurité civile, une concertation dont le rapport de synthèse présente des constats et des propositions. Le ministère précise qu’un projet de loi doit en traduire certaines orientations ; une concertation ou une annonce ne vaut pas, à elle seule, loi entrée en vigueur.

Qui est concerné, et que sait-on de l’épuisement ?

La question concerne d’abord les professionnels en grève, mais aussi les volontaires, les personnels de soutien, les services d’incendie et de secours et, indirectement, les habitants qui dépendent de leur capacité à intervenir. Les besoins peuvent différer selon les départements, les risques locaux et les effectifs disponibles. Un total national ne permet donc pas de conclure que toutes les casernes connaissent les mêmes difficultés.

Enfin, les statistiques d’interventions et d’effectifs ne suffisent pas à établir l’ampleur de l’épuisement professionnel ni ses causes. Pour le documenter précisément, il faudrait des données spécifiques sur la santé, les horaires, les absences, les conditions de travail et les différences entre statuts et territoires. On peut néanmoins retenir que le débat ne porte pas seulement sur les incendies exceptionnels : il concerne aussi l’organisation quotidienne des secours et les conditions dans lesquelles les équipes peuvent assurer leurs missions dans la durée.


Source : Le Nouvel Obs – Sociologie

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Cédric Balcon-Hermand
À PROPOS DE L’AUTEUR

Cédric Balcon-Hermand

Journaliste d’Artia13.city, président de l’association Artia13, auteur et éditeur sous le nom Cédric Balcon, ainsi qu’auteur-compositeur de musique.

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