Primaire de la gauche : Guedj et Glucksmann interpellent Faure sur les alliances avec LFI
La France insoumise n’était pas invitée au débat du 1er octobre 2026. Elle en a pourtant occupé une bonne partie : les cinq candidats à la primaire sociale-démocrate se sont de nouveau opposés sur la possibilité de conclure des accords avec elle. Derrière la querelle, plusieurs décisions distinctes — candidature présidentielle, alliances législatives, rassemblement face à l’extrême droite — que les échanges ont parfois mêlées. ()
Une fracture confirmée, mais pas un débat à question unique
Jeudi 1er octobre, Olivier Faure, Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel débattaient sur France 2 et France Inter. Le rapport à LFI a provoqué l’un des affrontements les plus nets. Faure a défendu la nécessité de rassembler la gauche ; Glucksmann a réaffirmé son refus d’une alliance avec LFI ; Guedj a reproché à Faure de laisser ouverte la voie à des accords aux législatives. Cette divergence était déjà apparue lors de leur premier débat, le 23 septembre. ()
Dire que la primaire « se résume » à LFI serait toutefois aller trop vite. Le même soir, les candidats ont aussi discuté de fiscalité, de pouvoir d’achat, de l’Ukraine et de Gaza, avec d’autres désaccords parfois vifs. La question des alliances domine la confrontation politique ; elle n’efface pas les différences de programme. ()
Ce que les candidats doivent décider — et ce qu’ils ne décident pas encore
Première question : qui représentera cette primaire à la présidentielle de 2027 ? Selon les modalités publiées par le Parti socialiste, le vote « Choisir 2027 » est prévu en ligne les 9 et 10 octobre 2026, puis, si nécessaire, les 16 et 17 octobre. Il s’agit de désigner un candidat dans le cadre de ce processus, non de régler par avance toutes les alliances de la gauche. Au 2 octobre, aucun de ces tours n’a encore eu lieu. ()
Deuxième question : que faire aux législatives ? Présenter ou non des candidats communs avec LFI dans certaines circonscriptions constitue un choix différent de celui d’une candidature présidentielle commune. C’est sur ce point que le refus de Glucksmann et de Guedj se heurte le plus directement à la position de Faure. Lors du débat du 23 septembre, Glucksmann avait explicitement exclu un accord avec les insoumis tant à la présidentielle qu’aux législatives. Il s’agit de sa position déclarée, pas d’une décision déjà applicable à tous les futurs partenaires de la primaire. ()
Troisième question : quel comportement adopter face à l’extrême droite dans un scénario électoral hypothétique ? Au débat du 1er octobre, Faure a évoqué son vote dans l’hypothèse d’un second tour présidentiel opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Ce choix individuel de vote ne vaut ni accord entre partis, ni investiture commune aux législatives, ni contrat de gouvernement. Les traiter comme une seule et même décision brouille précisément ce que les candidats devraient clarifier. ()
Le précédent de 2024, sans faux procès
La rupture défendue aujourd’hui par certains candidats se me à un précédent documenté. Une profession de foi du Nouveau Front populaire déposée pour les législatives des 30 juin et 7 juillet 2024 et accessible sur le site du ministère de l’Intérieur présentait le Parti socialiste, LFI, Les Écologistes, le Parti communiste et Place publique comme composantes de cette union. Ce document établit l’existence d’un cadre électoral commun en 2024 ; il ne démontre pas que chacun de ses membres approuvait toutes les positions des autres, ni qu’un accord identique serait reconduit en 2027. ()
Autre pièce utile : dans sa présentation des règles de la primaire, publiée le 25 août 2026, le PS indique que les candidats doivent s’engager à proposer un rassemblement aux partis de la gauche « démocratique, écologique et républicaine » afin de travailler à un programme, un accord législatif et un contrat de gouvernement. Cette formulation fixe une ambition de négociation ; elle ne nomme pas LFI et ne constitue pas, à elle seule, un accord avec ce parti. Toute la dispute tient dans cet espace laissé à l’interprétation : qui entrera dans le périmètre proposé, et à quelles conditions ? ()
Ce que l’on peut conclure
La fracture est réelle : elle porte sur la possibilité même d’une coopération future avec LFI, notamment aux législatives. Mais le débat du 1er octobre n’a produit ni accord, ni interdiction commune, ni résultat électoral permettant de départager les stratégies. La primaire peut désigner un nom ; elle ne transformera pas automatiquement des positions incompatibles sur les alliances en feuille de route partagée. C’est moins un détail d’appareil qu’une question laissée, pour l’instant, sans réponse collective. ()
Source principale : Le Nouvel Obs – Election présidentielle de 2027 (www.nouvelobs.com)
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Auteur : Matthieu Aron
Sources complémentaires
- Parti socialiste, modalités de « Choisir 2027 » : parti-socialiste.fr
- LCP, compte rendu du débat du 1er octobre 2026 : lcp.fr
- Ministère de l’Intérieur, profession de foi du Nouveau Front populaire pour les législatives de 2024 : programme-candidats.interieur.gouv.fr
