Chez la souris, des neurones jusque-là dormants pourraient contribuer à l’allodynie mécanique
Après une lésion nerveuse, un effleurement peut parfois provoquer une douleur : cette allodynie mécanique est fréquente dans la douleur neuropathique. Chez la souris, des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Clermont Auvergne ont identifié un mécanisme qui pourrait contribuer à ce phénomène : le recrutement de neurones jusque-là maintenus « en dormance » dans la moelle épinière.
Présentés dans un communiqué de l’Inserm publié le 22 septembre 2026, ces travaux parus dans Nature Communications proposent une nouvelle piste pour comprendre comment une atteinte nerveuse perturbe le traitement des sensations. Ils ne démontrent pas qu’un traitement en découlera, mais désignent une population de neurones à étudier plus précisément.
Quand le toucher devient douloureux
La douleur neuropathique apparaît après une lésion ou une maladie du système nerveux somatosensoriel, qui transmet notamment les sensations de toucher, de pression, de température et de douleur. Elle concerne, selon les données rapportées par l’Inserm, 7 à 10 % de la population mondiale. Elle peut durer dans le temps, être très invalidante et résister à la plupart des traitements.
L’allodynie mécanique en est un symptôme : une stimulation normalement indolore, comme une légère pression ou un contact, déclenche une douleur excessive ou persistante. Ce phénomène est associé à la sensibilisation centrale, une hyperréactivité de neurones impliqués dans le traitement des informations sensorielles.
La corne dorsale de la moelle épinière constitue un premier relais central pour ces informations. En temps normal, l’activité des neurones qui s’y trouvent est modulée par des mécanismes d’excitation et d’inhibition. Cette régulation contribue à distinguer les différents types de stimuli.
Des neurones « dormants » recrutés après la lésion
L’équipe du laboratoire Neuro-Dol, dirigée par Cédric Peirs, chercheur à l’Inserm, et Radhouane Dallel, chercheur à l’Université Clermont Auvergne et directeur du laboratoire, a étudié ces circuits chez des souris atteintes de neuropathie.
Les chercheurs ont suivi simultanément l’activité de milliers de neurones excitateurs dans les différentes couches de la corne dorsale, en réponse à des stimulations de la peau. Les premières observations, réalisées en conditions normales, montrent que l’activité de la majorité des neurones est inhibée. Certains restent ainsi peu actifs, ou « dormants ».
Après une lésion nerveuse, les réponses changent : la plupart des neurones observés réagissent alors à plusieurs types d’informations sensorielles. L’équipe a notamment constaté que la réorganisation des circuits ne correspondrait pas simplement au passage d’informations tactiles vers des neurones spécialisés dans la douleur. Elle s’accompagnerait plutôt de l’activation d’un ensemble de neurones jusque-là peu actifs.
Beaucoup de ces neurones sont dits polymodaux : ils peuvent répondre à plusieurs modalités sensorielles, notamment à des stimuli tactiles et douloureux. Selon les chercheurs, leur recrutement pourrait participer à l’allodynie mécanique, en contribuant à ce qu’un contact soit traité comme une douleur.
Une piste à approfondir
Ces résultats invitent à réexaminer une explication jusqu’ici privilégiée, selon laquelle les informations du toucher activeraient de façon inappropriée les circuits associés à la douleur. L’étude suggère plutôt que la perte du contrôle inhibiteur après une lésion nerveuse pourrait rendre les neurones de la moelle épinière xcitables et mobiliser ce réseau polymodal.
L’identité de ces neurones reste toutefois largement inconnue. Les auteurs estiment qu’il faudra poursuivre les recherches pour mieux les caractériser et déterminer leur rôle dans la douleur neuropathique. Leur intérêt éventuel comme cible de futurs traitements demeure une piste, et non une application déjà établie.
Source : Salle de presse de l'Inserm (presse.inserm.fr)
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Auteur : Salle de presse de l'Inserm
