Grippe aviaire : vrai, les poules des particuliers peuvent être contaminées, même en ville
Un pigeon de ville peut-il contracter la grippe aviaire ? Oui, même si les infections semblent rares et que les données disponibles ne désignent pas les pigeons comme des relais importants du virus H5N1. C’est la différence entre « peut être infecté » et « propage couramment le virus » qu’il faut vérifier.
L’affirmation vérifiée
Dans l’extrait d’un article de Sud Ouest présenté comme publié le 5 décembre 2025, la proposition « La grippe aviaire peut contaminer les pigeons urbains » reçoit la réponse « FAUX (mais…) ». Le texte précise ensuite que ces oiseaux sont relativement résistants au H5N1, tout en reconnaissant qu’ils peuvent être occasionnellement infectés. L’affirmation vérifiable ici porte sur la possibilité d’infection, non sur la fréquence des cas ni sur le risque pour les passants. La page originale n’ayant pas pu être consultée directement lors de cette vérification, la formulation et la date sont celles du contenu fourni avec la demande.
Ce que montrent les faits
Une infection est possible. Une étude de terrain publiée en 2014 décrit l’isolement d’un virus H5N1 hautement pathogène chez un pigeon domestique de l’espèce Columba livia, en Égypte. Ce pigeon n’était pas identifié comme un pigeon de rue : le cas démontre donc que l’espèce peut être infectée, sans établir à lui seul la fréquence des infections dans les villes françaises. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
La rareté relative du phénomène est, elle aussi, étayée. Dans une évaluation britannique fondée notamment sur la surveillance des oiseaux sauvages, les autorités recensent 11 pigeons bisets — rock doves, de l’espèce Columba livia — parmi les cas signalés en Grande-Bretagne depuis le 1er octobre 2022. Elles soulignent que les signalements de grippe aviaire hautement pathogène chez les pigeons et les tourterelles restent peu nombreux au regard de leur abondance. Ces détections ne constituent toutefois pas un taux d’infection de l’ensemble des pigeons : tous les oiseaux ne sont pas testés. (assets.publishing.service.gov.uk)
La vérification
Une étude expérimentale publiée en septembre 2025 apporte une autre pièce au dossier. Des chercheurs ont exposé des pigeons Columba livia à une souche H5N1 du clade 2.3.4.4b. Seuls ceux ayant reçu la dose la plus élevée ont présenté certains signes biologiques d’infection ; l’excrétion virale observée était faible et aucune transmission n’a été constatée vers les pigeons ou les poulets placés à leur contact pendant l’expérience. Les auteurs concluent à une faible susceptibilité et à une capacité de transmission limitée pour la souche et dans les conditions étudiées. Une expérience sans transmission observée ne prouve pas que toute transmission serait impossible, partout et avec toutes les souches. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Le raccourci tient donc dans l’étiquette « faux ». Si la question était « les pigeons urbains sont-ils un moteur majeur de l’épidémie ? », les éléments examinés inviteraient à répondre que cela paraît peu probable. Mais à la question « peuvent-ils être contaminés ? », les infections documentées empêchent de répondre non. Cela ne signifie pas qu’un pigeon croisé sur une place représente, à lui seul, un danger établi pour les citadins. Pour la population générale, Santé publique France évaluait le risque lié au H5N1 étudié comme faible dans son analyse du 10 novembre 2025. (assets.publishing.service.gov.uk)
Les sources et les données
La vérification distingue trois types d’éléments : un cas d’infection naturelle chez Columba livia, des signalements issus de la surveillance britannique et une expérience mesurant la susceptibilité et la transmission d’une souche précise. Aucun ne permet de calculer la probabilité qu’un pigeon donné, dans une ville française, soit infecté. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Verdict
Verdict : à nuancer. La proposition selon laquelle la grippe aviaire peut infecter les pigeons est fondée ; lui répondre « faux » est trop catégorique. En revanche, les données soutiennent la nuance développée dans l’article d’origine : les infections paraissent peu fréquentes et le rôle des pigeons dans la propagation du H5N1 étudié semble limité. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Ce qu’il faut retenir
« Peu susceptible d’être infecté » ne veut pas dire « impossible à infecter ». Face à un oiseau sauvage malade ou mort, l’Office français de la biodiversité recommande de ne pas le manipuler et de signaler la découverte au service départemental compétent ou à la fédération des chasseurs. (ofb.gouv.fr)
Source principale : Le vrai du faux (www.sudouest.fr)
Article original : Consulter la source originale
Sources de vérification
- Étude sur une infection naturelle par H5N1 chez un pigeon Columba livia, 2014
- Étude expérimentale sur la susceptibilité et la transmission du H5N1 chez les pigeons, 2025
- Évaluation britannique du risque d’influenza aviaire lors de rassemblements d’oiseaux, 2025
- Santé publique France, analyse de risque du 10 novembre 2025
- Office français de la biodiversité, informations sur l’influenza aviaire
