Voyager à l’étranger : les personnes LGBT+ doivent anticiper les risques et parfois se cacher
Pour les voyageurs LGBT+, choisir une destination ne relève pas seulement du budget ou de l’itinéraire : les lois locales, les attitudes de la population et le risque d’être ciblé entrent aussi dans les préparatifs. Dans des pays jugés incertains, certains adaptent leur comportement, limitent leur présence en ligne ou renoncent à partir. Plusieurs témoignages publiés par BFMTV le 29 juin 2024 décrivent cette vigilance au quotidien.
Se renseigner avant de réserver
Émeric, ingénieur informatique parisien de 29 ans, aime voyager, mais dit examiner chaque destination avant de s’y rendre. Il vérifie la législation, puis cherche à savoir comment les autorités et la population pourraient réagir à son homosexualité. Cette évaluation influe sur la manière dont il prévoit de se comporter sur place.
La prudence est également au cœur des conseils de Danny Kronström, fondateur du guide en ligne Gay Voyageur et du podcast « Queer ou pas ? ». Il indique que la sécurité revient régulièrement dans les questions des voyageurs LGBT+. Son site, créé en 2014, propose des informations sur les destinations, les hébergements et les précautions à prendre.
Plusieurs ressources peuvent compléter ces recherches : la carte des droits LGBTQ+ d’Equaldex, les recommandations du ministère français des Affaires étrangères, les informations des ambassades ou encore les pages consacrées aux droits LGBT+ dans certains guides touristiques. Des plateformes de réservation recensent aussi des établissements présentés comme LGBT-friendly.
Selon les données de l’ILGA mentionnées dans le reportage, l’homosexualité était illégale dans une soixantaine de pays. Dans certains États d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est, les personnes LGBT+ risquaient des peines de prison, voire la peine de mort. Le reportage souligne également que la transidentité n’est pas reconnue dans une large partie du monde.
Adapter ses gestes et sa présence en ligne
La préparation ne suffit pas toujours à dissiper l’inquiétude. Marine L., journaliste lesbienne de 35 ans, raconte être partie avec sa compagne près d’Agadir, au Maroc, pour une semaine. Dans les rues, à la plage et à l’hôtel, elle dit ne pas s’être sentie à l’aise. Un employé est entré par inadvertance dans leur chambre à un moment qui les a inquiétées. Le reportage rappelle que, selon l’ILGA, des relations entre personnes de même sexe sont passibles au Maroc de trois ans de prison et d’une amende, et que des condamnations ont été recensées ces dernières années.
Durant un road-trip en camping-car entrepris en Europe en février 2023, Léonie Nogueira et son épouse Pauline ont, elles aussi, adapté leurs habitudes. Lorsqu’elles s’arrêtent dans des lieux où elles ne savent pas comment les personnes LGBT+ sont accueillies, elles rendent privé le compte lié à leur voyage. Elles expliquent agir par précaution, notamment parce qu’elles voyagent avec leur fils de trois ans.
La créatrice de contenus américaine Courtney Vondran avait, pour sa part, retiré de ses réseaux sociaux les drapeaux arc-en-ciel avant un séjour en Égypte, deux ans avant la publication du reportage. Elle raconte aussi que son entrée au Nicaragua, où elle devait partir en voyage de noces avec sa fiancée transgenre Liz, leur a été refusée à l’aéroport. Le couple dit n’avoir reçu aucune explication et suppose que l’absence d’autocen sur ses réseaux a pu jouer un rôle, sans en avoir de preuve. Les deux femmes prennent systématiquement une assurance annulation.
Choisir où partir, et où dépenser
Pour Émeric, la prudence peut aller jusqu’à renoncer à certaines destinations. Il dit ne plus vouloir séjourner en Pologne, en Hongrie ou en Russie, qu’il considère politiquement hostiles aux personnes LGBT+. Il présente ce choix comme un boycott, estimant que l’argent dépensé en voyage contribue à l’économie locale.
Lorsqu’il choisit malgré tout une destination où il ne se sent pas en confiance, il lui arrive de demander des lits jumeaux ou deux chambres afin d’éviter d’éveiller des soupçons. Il privilégie aussi les bars, restaurants et hébergements où il pense pouvoir être accueilli sans avoir à surveiller chacun de ses gestes. Pour lui, ces lieux sont des espaces où il peut se sentir à sa place.
Ces expériences montrent que, pour certains voyageurs LGBT+, préparer un séjour implique aussi de décider ce qu’ils peuvent montrer ou dire, et dans quels lieux ils se sentiront en sécurité. Une vigilance que plusieurs témoignages décrivent comme pesante, mais qu’ils jugent parfois nécessaire.
Source : Home Voyage – actualités (www.bfmtv.com)
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