Tchad : la société civile face aux violences, un gouvernement qui préfère l’ombre à la lumière.
Le fait principal
Une cinquantaine d’organisations de la société civile tchadienne lancent un projet de Commission nationale Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CNVJR) pour établir la vérité sur les violences politiques qui ont marqué le Tchad depuis son indépendance. Cette initiative vise notamment à éclaircir les événements tragiques du 20 octobre 2022, où des manifestations ont été violemment réprimées.
Ce qui s’est passé
Le 20 octobre 2022, des manifestations organisées par l’opposition et la société civile contre la prolongation de la transition ont été brutalement réprimées. Cette violence a laissé des traces profondes dans la société tchadienne. La CNVJR, portée par des acteurs de la société civile, se propose d’explorer toutes les périodes de l’histoire politique du Tchad, du premier président François Ngarta Tombalbaye au président actuel, Mahamat Idriss Déby Itno. Le pasteur Jonathan Dionlar, l’un des initiateurs, souligne l’importance d’interroger tous les acteurs concernés pour poser des questions cruciales sur les violations des droits humains.
Le contexte
L’initiative de la CNVJR s’inscrit dans un contexte de méfiance envers les institutions de l’État et de doutes sur la volonté du pouvoir en place de coopérer. Selon l’analyste politique Yamingué Betinbaye, l’amnistie dont ont bénéficié certains acteurs impliqués dans les événements de 2022 pourrait rendre difficile l’accès à des témoignages cruciaux. De plus, le silence attendu des forces de défense et de sécurité, souvent soumises à des règles de confidentialité strictes, complique encore davantage la situation.
Les chiffres à retenir
– Une cinquantaine d’organisations de la société civile sont impliquées dans le projet de la CNVJR.- Les travaux de cette commission doivent couvrir l’ensemble des périodes politiques du Tchad depuis son indépendance.
Ce que cela révèle
Cette initiative, aussi ambitieuse soit-elle, est confrontée à des défis colossaux. L’adhésion des autorités tchadiennes, en particulier celle de Mahamat Idriss Déby Itno, sera déterminante pour la réussite de la commission. Sans coopération gouvernementale, la CNVJR risque de n’être qu’une belle promesse, perdue dans le tumulte d’un passé douloureux que le pouvoir semble vouloir oublier.
Ce qu’il faut retenir
La création de la CNVJR par la société civile tchadienne représente un espoir pour la vérité et la réconciliation. Toutefois, son avenir dépendra largement de la bonne volonté du gouvernement, qui a tout intérêt à garder certaines zones d’ombre intactes. La route vers la justice semble semée d’embûches, et il reste à voir si les autorités seront prêtes à affronter le passé.
