La priorité nationale : un concept de gauche pour le RN, ou l’art de la contradiction ?
Le fait principal
Aujourd’hui, l’idée de préférence nationale, défendue par le Rassemblement national (RN), suscite un débat houleux : provient-elle de Vichy ou du Front populaire ? Une question qui semble simple, mais qui révèle des racines historiques complexes.
Ce qui s’est passé
Pierre Ouzoulias, sénateur PCF, a récemment déclaré sur BFM que « la préférence nationale, c’est ce que Pétain a mis en place en 1940 ». En réponse, Philippe Ballard, député RN, a affirmé que la gauche, notamment le Front populaire, avait également soutenu cette notion. Cette guerre des mots sur les origines de la préférence nationale met en lumière les contradictions au sein du discours politique français. Dès la fin du XIXe siècle, la France avait déjà commencé à restreindre la main-d’œuvre étrangère. Les années 1930, marquées par la Grande Dépression, ont vu des figures de la gauche comme Roger Salengro défendre des quotas d’immigrés. En 1932, une loi a été votée pour donner la priorité d’embauche aux travailleurs français, un projet soutenu par plusieurs factions de gauche, loin de l’obsession nationaliste que l’on pourrait croire.
Le contexte
Sous le régime de Vichy, des mes bien plus radicales ont été mises en œuvre. La loi du 17 juillet 1940, par exemple, réservait la fonction publique aux seuls Français. Ces mes, teintées de xénophobie et d’antisémitisme, s’inscrivent dans un projet politique visant à exclure les étrangers, considérés comme responsables de la défaite. Denis Peschanski, historien, souligne cette distinction cruciale entre « logique d’exception » et « logique d’exclusion ».
Les chiffres à retenir
– La loi du 10 août 1932 a été votée pour prioriser l’embauche des travailleurs français.- Les premiers statuts des juifs sous Vichy, adoptés quelques semaines après la loi de 1940, marquent un tournant radical dans la politique d’exclusion.
Ce que cela révèle
Cette querelle sur les origines de la préférence nationale met en lumière une contradiction frappante : le RN, qui se veut le champion de la « préférence nationale », se retrouve à revendiquer une idée qui, dans le passé, a été utilisée pour justifier des politiques xénophobes. En tentant de se l’approprier, le RN semble ignorer que cette notion, à l’origine, était défendue par la gauche pour des raisons de protection des travailleurs, et non pour alimenter un agenda d’exclusion.
Ce qu’il faut retenir
La préférence nationale est un concept aux racines historiques complexes, oscillant entre protection des travailleurs et exclusion xénophobe. Le RN tente de s’en revendiquer, mais les contradictions de son discours ne cessent de s’accumuler. En fin de compte, qui est vraiment le gardien de cette idée ? La réponse pourrait bien être que, sur le papier, tout semble réglé. Mais la réalité, elle, raconte une autre histoire.
Source principale : Franceinfo
