
20 ans après la loi handicap : « On a privilégié la compensation à l’accessibilisation »
Entre 13 et 14 millions de Français sont concernés par une situation de handicap. Le sociologue Hugo Dupont, de l’Université de Poitiers, s’interroge sur les limites du modèle français en matière d’inclusion.
Hugo Dupont, qui travaille sur la question du handicap depuis 15 ans, souligne l’évolution des perceptions concernant les personnes en situation de handicap. Actuellement, il vit une expérience personnelle d’incapacité physique, ayant perdu temporairement l’usage de son bras droit suite à un accident. Cela le pousse à réfléchir sur la notion d’autonomie, centrale dans notre société.
Dans son ouvrage « La société inclusive introuvable », publié aux Presses universitaires de Grenoble, Dupont analyse comment le regard sur les personnes en situation de handicap a évolué, passant de l’exclusion à l’inclusion. Malgré cela, il souligne que l’accessibilité reste un enjeu crucial. La loi de 2005, qui en faisait un objectif prioritaire, n’a pas été pleinement respectée. L’APF France Handicap a récemment engagé des actions contre l’État pour inaction en matière d’accessibilité, soulignant les manquements des pouvoirs publics.
Le ministère chargé de l’Autonomie et des Personnes handicapées a répondu en indiquant qu’une « dynamique est enclenchée », ce que Dupont interprète comme un aveu d’échec. Il rappelle que lors du bilan du premier mandat d’Emmanuel Macron, il avait été annoncé que la société inclusive était à son « dernier kilomètre », une promesse qui semble loin d’être tenue.
Le handicap recouvre une diversité de situations, qu’elles soient d’origine congénitale, accidentelle ou professionnelle. L’accès à la formation, à l’emploi, à un logement adapté, ainsi qu’à la vie sociale et culturelle, demeure semé d’embûches. Dupont rappelle que l’État a pris en charge ces questions pour favoriser la cohésion sociale, une préoccupation qui remonte au XVIIIe siècle.
La loi de 1975 a marqué un tournant en parlant de « personne en situation de handicap », signalant que le handicap est souvent lié à un environnement non adapté. Cependant, pour bénéficier d’aides, il est nécessaire de passer par le dossier MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), ce qui impose aux personnes concernées de justifier d’un « projet de vie ». Dupont critique cette « injonction biographique », qui pèse souvent sur les plus vulnérables.
Il conclut que l’accessibilité ne dépend pas uniquement des moyens matériels, mais aussi de l’acceptation sociale des personnes handicapées. Les Jeux paralympiques, bien qu’ils mettent en lumière des athlètes performants, ne reflètent pas la réalité quotidienne de la plupart des personnes en situation de handicap.
La société inclusive reste donc un objectif à atteindre, car, selon Dupont, « en France, on a privilégié la compensation à l’accessibilisation ».
Source : Hugo Dupont, « La société inclusive introuvable », Presses universitaires de Grenoble.






