Vendu moins de 20 € comme animal de compagnie, ce petit écureuil est devenu l’une des espèces les plus invasives de France

Il tient dans la paume d’une main, ses rayures font craquer tout le monde et pourtant, l’écureuil de Corée est officiellement classé espèce exotique envahissante en France depuis 2016. Derrière ce visage de dessin animé se cache un prédateur opportuniste qui grignote, au sens propre comme au sens figuré, une partie de notre biodiversité.

Comment le tamia de Sibérie a colonisé la France

Tout commence dans les années 1960. Le tamia de Sibérie (Tamias sibiricus, son vrai nom scientifique), débarque en Europe via le commerce d’animaux exotiques. Les premiers spécimens proviennent majoritairement de Corée du Sud, ce qui lui vaut son surnom commercial. Vendu moins de 20 € en animalerie, présenté comme un NAC (nouvel animal de compagnie) accessible et sans contrainte, il séduit des milliers de familles.

Le problème ? Les gens le relâchent. Par irresponsabilité, par ignorance, ou parce qu’il s’échappe tout seul ; la nature faisant le reste. Dès les années 1980-1990, les premières populations sauvages s’établissent durablement en France. Depuis, la croissance est exponentielle : +20 à 50 % par an dans les foyers les plus actifs, avec un doublement des effectifs tous les 3 à 5 ans selon le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN).

Un animal discret, mais redoutablement efficace

Pour comprendre pourquoi il s’impose, il faut regarder ses caractéristiques de près. Ce petit rongeur de 13 à 15 cm de corps (sans la queue) pèse entre 50 et 110 grammes. Il supporte des températures allant de -65 °C à +30 °C, vit du niveau de la mer jusqu’à 3 000 m d’altitude, et produit une à deux portées par an avec 3 à 6 petits à chaque fois.

Ses atouts face à nos espèces locales :

  • Omnivore polyvalent : graines, fruits, insectes, œufs, petits vertébrés.
  • Poches jugales qui lui permettent de stocker et transporter d’importantes quantités de nourriture.
  • Capacité à coloniser aussi bien les forêts denses que les parcs urbains.
  • Dispersion naturelle de 1 à 2 km par an via les corridors écologiques.

En climat doux comme celui du Sud de la France, son hibernation est réduite, ce qui lui donne un avantage concurrentiel direct sur des espèces moins adaptables.

Où est-il présent aujourd’hui ? L’état des lieux en 2024-2026

Les estimations de l’Office français de la biodiversité (OFB) et du MNHN situent la population française entre 10 000 et 50 000 individus, sans comptage national précis à ce stade.

Région / Département

Niveau de présence

Détails

Alpes-Maritimes (06)

Très élevé

>1 000 individus/km² localement (Sophia-Antipolis, Nice)

Bouches-du-Rhône (13)

Élevé

Secteurs de Marseille et Aix-en-Provence

Var (83)

Moyen à élevé

Expansion en cours

Île-de-France (95, 77)

Moyen (foyers)

Parcs périurbains, croissance rapide

Alsace / Nord

Faible mais croissant

Signalements isolés mais proliférants

Les zones les plus touchées sont les forêts boisées périurbaines humides, riches en chênes et noisetiers, son garde-manger idéal.

Pour la Nouvelle-Aquitaine, nous n’avons pas trouvé de trace de population installées dans la région, faisant de notre région l’une des rares épargnées par l’écureuil de Corée.

Le tamia de Sibérie est une catastrophe écologique

L’écureuil de Corée, c’est l’archétype du « cute but killer » (comprenez « mignon mais tueur »). Son apparence désamorce la méfiance, mais ses impacts sont documentés et sérieux.

Sur la faune locale d’abord : il entre en compétition directe avec l’écureuil roux (Sciurus vulgaris), espèce native, pour les ressources alimentaires et les niches écologiques. Résultat : une baisse estimée à -30 % des populations d’écureuils roux dans certaines zones envahies. Il prédatait également les œufs et les nichées d’oiseaux.

Sur la santé humaine ensuite : le tamia est un vecteur actif de tiques, et donc un relais potentiel pour la maladie de Lyme, dont les cas progressent en France. Il transporte par ailleurs plusieurs pathogènes bactériens.

Sur les infrastructures enfin : écorçage d’arbres, dégâts aux cultures, câbles électriques sectionnés… les coûts agricoles et forestiers se chiffrent en milliers d’euros par an dans les zones les plus impactées.

Ce que font les autorités et ce que vous pouvez faire

Depuis 2016, la vente, la détention et l’introduction dans la nature du tamia de Sibérie sont interdites en France, conformément au règlement européen UE 1143/2014 et au Code de l’environnement. L’OFB pilote des plans de piégeage actifs : dans les Alpes-Maritimes, plus de 5 000 tamias ont été piégés en 2024. L’objectif n’est pas l’éradication totale (jugée irréaliste) mais le confinement des populations et le ralentissement de l’expansion.

En parallèle, le MNHN explore des pistes comme la stérilisation, tandis que des campagnes de sensibilisation ciblent le grand public. Car le principal vecteur de propagation reste humain : abandon, relâcher volontaire, déplacement non déclaré d’animaux.

Si vous croisez un tamia hors de son aire naturelle, le réflexe à avoir est de le signaler à l’OFB ou via la plateforme nationale de signalement des espèces invasives et surtout, de ne jamais le relâcher vous-même.

L’histoire de l’écureuil de Corée en France, c’est celle d’une mode devenue catastrophe écologique silencieuse. Un animal acheté par caprice, relâché par facilité, et dont la France paie aujourd’hui le prix en termes de biodiversité et de santé publique. La prochaine fois que vous en croiserez un dans un parc, sachez qu’il n’y est probablement pas par hasard… et qu’il n’est pas seul.

FAVICOSources :

  • Site du MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle) : données scientifiques sur systématique, répartition et suivi populations.
  • OFB (Office français de la biodiversité) : statut invasif officiel, cartes de présence et plans de gestion 2026.
  • DREAL PACA : rapport impacts locaux (Alpes-Maritimes) et réglementations.
  • Image de mise en avant : © Frank Vassen – Animalia
  • Image : © Horst J. Meuter – WikiCommons
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