Une enquête primée étudie les inégalités territoriales d’accès à l’IVG en milieu rural
Raphaël Perrin reçoit le prix jeune auteur·e 2026 de la revue Population pour un travail sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans un département rural. Son enquête met en lumière un aspect souvent masqué par la seule carte des médecins : la disponibilité des soins dépend aussi de ce que les professionnel·les acceptent de pratiquer et de la manière dont ils et elles organisent le parcours. Le sociologue présentera ses résultats aux Lundis de l’Ined le lundi 5 octobre 2026. (ined.fr)
Au-delà du nombre de médecins, les pratiques comptent
Pour comprendre les inégalités d’accès, Raphaël Perrin a mené une enquête ethnographique dans un département rural. Il a interrogé la quasi-totalité des professionnel·les impliqué·es dans la prise en charge, à l’hôpital et en ville, et observé pendant un mois le parcours dans un centre d’IVG, de l’accueil au bloc opératoire. Cette méthode qualitative permet d’étudier les relations entre équipes, l’organisation locale des soins et les consultations, plutôt que de mer seulement la répartition des structures. (ined.fr)
Dans le territoire étudié, le chercheur relève que les obstacles ne tiennent pas uniquement à un manque de médecins. Ils sont aussi liés au nombre de praticien·nes disposé·es à réaliser des IVG et aux modalités proposées. Selon son enquête, les limites de prise en charge et les méthodes disponibles varient d’une maternité à l’autre, sans atteindre partout les possibilités prévues par la loi. Il décrit également des consultations ou examens supplémentaires et des choix de méthode restreints. Ce sont des résultats situés : ils éclairent les mécanismes observés dans ce département, sans établir qu’ils se retrouvent partout en France. (ined.fr)
Une offre nationale qui se diversifie, mais reste inégalement répartie
Les données nationales donnent un contexte à cette enquête, sans mer à elles seules la qualité ou la facilité d’accès aux soins. En 2023, 243623 IVG ont été enregistrées en France, selon la DREES, à partir du Système national des données de santé. La méthode médicamenteuse représentait 79% des IVG et 41% des interventions étaient réalisées hors établissement de santé. La DREES recensait aussi près de 3200 professionnel·les ayant pratiqué au moins une IVG en cabinet libéral cette année-là. (drees.solidarites-sante.gouv.fr)
Cette diversification des lieux et des professionnel·les n’implique pas que les possibilités soient identiques d’un département à l’autre. Une analyse de l’Ined sur les pratiques en 2023 relève de fortes variations territoriales dans la part des méthodes et des lieux de prise en charge. Ses auteur·es indiquent que ces écarts peuvent signaler des difficultés d’accès ou un choix de méthode limité, en lien notamment avec les infrastructures et la coordination entre acteurs. Ils ne constituent toutefois pas, à eux seuls, une me directe des obstacles rencontrés par chaque personne. (ined.fr)
Quand la rareté renforce le pouvoir médical
L’apport central du travail de Perrin est de relier l’offre de soins aux rapports de pouvoir dans la consultation. Lorsque peu de professionnel·les pratiquent l’IVG, les patientes peuvent avoir moins de possibilités de changer de lieu ou de praticien. Le chercheur analyse ainsi comment des refus, des habitudes professionnelles ou des règles locales de fonctionnement peuvent contribuer à restreindre concrètement l’accès, même lorsque le droit existe. Il ne s’agit pas de ramener les écarts à des décisions individuelles isolées : son enquête examine aussi les organisations et les cultures professionnelles dans lesquelles ces pratiques prennent place. (ined.fr)
Ce sujet concerne les personnes souhaitant avorter, mais aussi les professionnel·les et les établissements chargés de rendre les soins accessibles. La disponibilité d’une méthode, les déplacements nécessaires et les étapes imposées au parcours peuvent peser sur l’expérience des patientes. L’enquête souligne donc que compter les praticien·nes ne suffit pas : il faut également savoir quels actes sont proposés, dans quels délais et selon quelles modalités.
Ce que l’enquête permet — et ne permet pas — de conclure
Une ethnographie menée dans un seul département ne permet pas d’estimer la fréquence nationale des pratiques décrites ni de comparer statistiquement les territoires. Elle apporte plutôt une compréhension détaillée de mécanismes possibles, à confronter à d’autres enquêtes et aux données de santé. Les chiffres nationaux, de leur côté, recensent les actes et leurs lieux de réalisation, mais ne décrivent pas à eux seuls les refus, les échanges en consultation ou les démarches supplémentaires évoquées dans l’étude. L’intérêt du travail est de faire dialoguer ces échelles : les statistiques documentent les disparités, tandis que l’observation de terrain aide à comprendre comment elles peuvent se construire au quotidien. (ined.fr)
Source : Actualités
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