Tirs mortels : stables chez les gendarmes, les chiffres policiers restent très fluctuants
La déclaration de Laurent Nuñez sur la stabilité, voire la baisse, des morts par balle causées par la police et la gendarmerie mérite d’être distinguée selon les forces concernées. Les données de la gendarmerie sont relativement stables, tandis que celles de la police connaissent d’importantes variations d’une année à l’autre. Un autre décompte, plus large, recense les décès survenus lors d’interventions des forces de l’ordre, quelle qu’en soit la cause.
Une déclaration faite après une mobilisation
Dimanche 20 septembre, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre une proposition de loi sur la présomption d’usage légitime des armes par les forces de l’ordre. Le lendemain, sur BFM TV, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a contesté l’affirmation selon laquelle les morts par arme à feu imputables aux policiers et aux gendarmes auraient fortement augmenté.
Les chiffres disponibles conduisent toutefois à nuancer cette déclaration. Ils ne décrivent pas une évolution uniforme pour les deux forces, et les séries annuelles de la police varient sensiblement.
Des chiffres plus réguliers pour la gendarmerie
D’après l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), les tirs des gendarmes entraînent généralement sept ou huit morts par an. Le niveau est assez stable, même si des écarts existent : deux personnes ont été tuées en 2019, contre douze en 2024.
La tendance est moins régulière du côté de la police. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) publie des chiffres sur les tirs mortels depuis 2017. Cette première année, 14 personnes ont été tuées en six mois de comptage. Les données concernaient la Gironde et les Yvelines ; l’IGPN les avait néanmoins qualifiées de « pratiquement exhaustives ». En 2018, le bilan annuel s’est établi à 15 morts.
Après des années où le nombre est passé sous la dizaine, les décomptes ont de nouveau fortement fluctué : 22 morts en 2022, sept en 2023 et 16 en 2024. Les chiffres publiés le 23 septembre pour 2025 font état de 12 personnes tuées par des tirs policiers. Ce résultat est inférieur à celui de 2024 et légèrement sous la moyenne annuelle de 12,5 depuis 2017. Mais ces variations ne permettent pas, à elles seules, de conclure à une tendance durable à la baisse.
Un périmètre de comptage plus large
Le débat porte aussi sur des décès qui ne résultent pas nécessairement de tirs. Le 19 septembre, l’eurodéputée de La France insoumise Manon Aubry a avancé le chiffre de 562 personnes mortes lors d’interventions des forces de l’ordre en vingt ans. Elle s’appuie sur le recensement du média Basta, qui inclut différents types de situations : refus d’obtempérer, contrôles, gardes à vue, malaises ou arrêts cardiaques, ainsi que l’usage d’armes létales ou non létales.
Ce décompte, plus large que celui des tirs mortels, atteint environ 600 décès sur vingt ans, sans compter les auteurs d’attentats terroristes. Selon les données présentées par franceinfo, le nombre annuel est passé d’une dizaine de morts lors d’interventions en 2005 à une cinquantaine ces dernières années. Ces chiffres ne peuvent donc pas être directement comparés aux seuls bilans de personnes tuées par balle.
Source : franceinfo- Le vrai ou faux (www.franceinfo.fr)
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Auteur : franceinfo
